Attitudes intellectuellement négatives des élèves, hypothèses de solution, causes possibles 

Tableau – Attitudes négatives des élèves, hypothèses de solution et causes possibles


Les enseignants se plaignent souvent de l'attitude intellectuelle des élèves. Pourtant il est possible de faire l'hypothèse que ces défauts intellectuels des élèves sont pour partie au moins la conséquence des pratiques des enseignants. Ceux-ci n'en sont pas les responsables en soi, ces défauts sont liés aux contraintes institutionnelles qui pèsent sur eux : importance de la notation, programme de connaissances, des épreuves scolaires officielles incitant au bachotage, le manque d'interdisciplinarité, le manque d'espace de discussion... Néanmoins, il est possible en tant qu'enseignant de résister à la reproduction de la norme scolaire. 



Attitude problématique

des élèves

Hypothèses de solution

Causes possibles dans la pratique enseignante

Causes institutionnelles

Lisent peu en dehors des cours

L'enseignant peut apparaître comme un modèle dans le rapport à la lecture (parle de livres lus par lui, en lit des extraits en cours, montre à ces élèves qu'il lit).

Rapport distancié à la lecture en particulier, à la lecture savante


Les élèves s’intéressent plus à la note qu'au contenu du cours

L'enseignant peut par son discours centrer sur la valeur de l'apprentissage plus que la note. Évaluation qui valorise davantage le travail.

Les enseignants centrent trop leur discours sur la note

Évaluation par notation

Sont obnubilés par le traitement du programme

L'enseignant doit centrer sa pratique sur la structuration du cours, plutôt que sur les connaissances

L'enseignant est lui même obnubilé par le traitement du programme

Un programme de connaissances.

Les élèves sont obnubilés par le plan du cours plus que par le contenu

Il s'agit d'apprendre aux élèves à structurer eux-même un discours



Les élèves veulent avoir absolument du contenu à noter

Leur apprendre à utiliser leur mémoire sémantique lors d'une séquence orale



Les élèves manquent d'intérêts intellectuels, ne sont pas passionnées par aucune matières

Laisser un espace pour que les élèves puissent parler de ce qui les passionnent ou puissent approfondir des points du cours qui les ont intéressés



Les élèves ne posent pas de questions, ne sont pas participatifs

Prendre du temps pour répondre aux questions des élèves même si elles ne sont pas directement en lien avec le programme

L'enseignant considère les questions comme une gêne qui ralentie le traitement du programme, nuit à la tenue de classe. Il les évacuent ou les ignorent.


Les élèves ne font pas preuve de réflexion personnelle. Ils cherchent uniquement à restituer ce qu'ils ont appris. L'objectif est uniquement de deviner ce que l'enseignant désire.

L'enseignant propose aux élèves des travaux de réflexion qui font appel à leur avis personnel, leur réflexion critique argumentée, leur créativité

L'enseignant entretien la confusion entre respect des consignes et conformisme intellectuel. Il n'exige des élèves que des compétences de restitution.

Les épreuves scolaires officielles peuvent privilégier des connaissances de la part des élèves qui conduisent au bachotage.

L'élève apprend par coeur sans comprendre

Apprendre aux élèves par un travail métacognitif à mieux utiliser leur mémoire sémantique

L'enseignant peut avoir tendance à valoriser l'apprentissage par coeur en particulier dans des matières où c'est la compréhension qui est primordiale.


Les élèves ne font pas de liens entre les matières

L'enseignant fait des liens avec d'autres matières, projets pluridisciplinaires

L'enseignant est enfermé dans sa matière, il manque de connaissances sur les autres matières

Le cloisonnement des matières, le manque d'interdisciplinarité

Les élèves ne font pas de liens entre les connaissances scolaires et le monde extérieur.

Ils ne voient pas le sens des contenus scolaires.

L'enseignant incite explicitement l'élève à faire des liens.



Les élèves ne s’intéressent pas l'actualité, ils manquent d'ouverture sur le monde.

L'enseignant intègre des références à l'actualité.

L'enseignant par manque de connaissances sur l'actualité et par crainte coupe son enseignement du monde extérieur

Pas assez de place explicite laissée dans les programmes à la mise en lien des contenus scolaire avec le monde actuel

Les élèves ne sont pas capables de mobiliser une culture extrascolaire pour enrichir leur travaux scolaires

L'enseignant valorise explicitement des apports extérieurs qui vont au-delà de ce qui a été vu en cours

Trop d'enseignants se contentent de valoriser une simple restitution du cours.


Les élèves ne comprennent pas le sens de leur présence à l'école.

L'enseignant prend le temps de discuter avec les élèves des finalités des apprentissages.

L'enseignant se contente de faire cours sans donner de sens aux connaissances.


Les élèves manquent d'esprit critique et de réflexion sur le monde qui les entoure

L'enseignant prend le temps de discuter avec les élèves des questions qu'ils peuvent se poser

L'enseignant se contente de traiter le programme sans en sortir. Il a peur d'aborder des sujets qui lui demande de faire preuve d'esprit critique.


Les élèves valorisent plus la relation avec l'enseignant que les connaissances enseignées.

L'enseignant centre son activité sur les apprentissages et non sur le climat scolaire

L'enseignant cherche avant tout à établir un bon contact avec les élèves plutôt que de centrer sur la valeur des apprentissages


Les élèves tendent à des comportements de conformisme de groupe.

L'enseignant aide les élèves à construire leur individualité en sollicitant la construction d'un avis personnel critique à l'oral et à l'écrit




L'élève trop scolaire et l'élève ascolaire


Bourdieu avait mis en lumière dans ses travaux la tendance paradoxale à critiquer un élève comme trop scolaire. A l'opposé du qualificatif de l'élève trop scolaire, figure l'élève qualifié par ses enseignants d'ascolaire. Que nous disent ces qualificatifs sur l'institution scolaire elle-même ?


La figure de l'élève scolaire


Il est paradoxal que les enseignants critiquent un élève comme « trop scolaire ». Que désigne ce qualificatif ? L'élève trop scolaire est celui qui n'est capable que de restituer le cours et qui craint toute réflexion personnelle. C'est un élève qui ne fait pas preuve d'une culture personnelle, mais uniquement d'une culture scolaire.


Là où réside le paradoxe, c'est que l'élève trop scolaire a été fabriqué par le système scolaire. Cela signifie que sa tendance à être scolaire revient à lui reprocher une application sans distance de la norme scolaire. En quoi consiste la norme scolaire ?


Les enseignants mettent l'accent pendant plusieurs années dans la scolarité sur des exercices demandant uniquement de faire de la restitution de cours. Ils n'encouragent pas dans les travaux qu'ils donnent la réflexion personnelle des élèves. Ils leurs reprochent ensuite d'être trop scolaire lorsqu'ils demandent à l'élève de sortir de la simple restitution de cours.


Les enseignants demandent aux élèves de restituer le cours. Ils n'encouragent pas les élèves à aller au-delà du cours. Les élèves ne sont donc pas encouragés à acquérir une culture personnelle. Par la suite, on leur reproche de ne pas posséder cette culture.


Les enseignants dans leurs discours entretiennent la confusion entre respecter des consignes et faire ce que l'on pense que l'enseignant attend.


La figure de l'élève ascolaire


Les enseignants peuvent qualifier d'ascolaire un ou une élève qui marque de l'intérêt pour les connaissances intellectuelles, mais ne respecte pas la norme scolaire.


Au lieu de prendre en compte les intérêts intellectuels de l'élève et son rapport spécifique aux savoirs, les enseignants attendent que l'élève intègre la norme scolaire. Cela signifie que l'élève ait des buts de performance (avoir des bonnes notes) et non pas avant tout des buts de compétence (maîtriser une matière).


L'élève ascolaire est un mystère pour ses enseignants et ils les confrontent à l'écart entre la norme scolaire et l'intérêt intrinsèque pour les savoirs. Cette mise en échec des enseignants peut les conduire à orienter ces types d'élèves hors des filières générales. Cela évite aux enseignants de continuer à être confronté avec leur échec face à un type d'élève qui ne correspond pas au portrait de l'élève type en echec scolaire.


Pour les enseignants, l'élève en echec scolaire : ne comprend pas, ne s’intéresse pas… Mais face à un élève qui comprend les cours et s’intéresse aux matières, mais n'accepte pas la norme scolaire, les enseignants se trouvent renvoyés au fait que la norme scolaire qu'ils appliquent fabriquent des élèves sans intérêts intellectuels et qui n'osent pas faire preuve de réflexion personnelle.

 

Les élèves résistants à la norme scolaire


Quelles sont les caractéristiques des apprenants authentiques résistants à la norme scolaire ? Quels sont les caractéristiques des élèves dits « ascolaires » ?


Ils ont des buts de maîtrise (maîtriser une matière) plus que des buts de performance (avoir des bonnes notes). Ils sont davantage centrés sur la matière que sur la relation avec l'enseignant : ils ne travaillent pas pour faire plaisir à l'enseignant.


Ils sont capables d'avoir des intérêts intellectuels réels en dehors des cours. Ils se cultivent par eux-mêmes. Ils ne se limitent pas au cours du professeur dans leurs copies.


Ils ne sont pas dans une attitude d'obéissance servile à l'enseignant. Ils n'ont pas peur de l'autorité de l'enseignant. Ils osent s'affirmer intellectuellement face à l'enseignant. Ils ne cherchent pas à deviner ce que l'enseignant pense pour le lui restituer.


Ils posent des questions à l'enseignant qui vont au-delà du cours et lui font des objections.


Ils préfèrent comprendre au fait d'apprendre par coeur.


Ils préfèrent les sujets de réflexion à la restitution de cours.


Ils préfèrent prendre des notes ou écouter, plutôt qu'un cours dicté ou bavarder.


Ils ne sont pas décontenancés par un cours non structuré, par une discussion informelle à la place d'un cours.


Ils ne craignent pas de prendre du retard sur le programme. Ils pensent qu'ils seront capables de rattraper par eux-mêmes.


Ils considèrent le travail scolaire non pas comme un pensuum, mais comme une occasion d'exprimer son individualité.


Ils sont capables de résister à la pression du conformisme de groupe.


Ils sont à l'école non pas parce que leurs parents les y obligent, mais parce qu'ils veulent en apprendre plus sur le monde.




Mots clés : Norme scolaire, trop scolaire, ascolaire.  

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Commentaires: 1
  • #1

    Carli Surber (dimanche, 22 janvier 2017 01:24)


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PESPE en philosophie

ESPE de l'Université de Paris-EST

 

Docteure HDR en sociologie

 

Chercheuse associée au laboratoire

Lettres, Idées, Savoirs (LIS)

Université de Créteil.

 

Chercheuse associée 

au laboratoire Dynamiques européennes

(Université de Strasbourg)

 

Qualifiée professeur des Universités en sociologie (19)

 

Qualifiée MCF en philosophie (17), science politique (04) et sociologie (19).