Introduction à l'OAR « Susciter le désir d'apprendre ».



1) Curiosité, intérêt et motivation des élèves.


On peut remarquer que certains enfants sont plus curieux et ouverts que d'autres sur le monde. Cela pourrait laisser à penser que la pulsion de connaître serait de manière innée plus ou moins présente chez les enfants.


Les enfants qui sont en échec dès la primaire sont souvent des élèves qui sont dans une situation dans laquelle ils ont perdu leur motivation vis-à-vis des apprentissages scolaires.


Néanmoins, il est possible de relativiser une telle thèse car l'on peut s'apercevoir que les enfants à l'école primaire sont le plus souvent enthousiasmés et motivés par les tâches qui leurs sont proposées. Ils ont souvent un rapport positif à la lecture.


La représentation de l'élève idéal, tel qu'il est perçu par les enseignants, c'est le plus souvent un élève qui est participatif, qui remplit les attendus scolaires, mais qui est capable d'aller au-delà, qui n'est pas uniquement scolaire.


C'est bien souvent à partir du collège que décroît plus particulièrement la motivation et le rapport à la lecture. La motivation des élèves décroît régulièrement en moyenne jusqu'à la fin du lycée et s'accompagne d'une baisse de la lecture d'ouvrages.


A l'université, les analyses sur les stratégies d'apprentissage des étudiants ont constaté que plus ils s'élevaient en nombre d'années d'étude, plus ils utilisaient des pratiques d'auto-régulation de leur travail. Cela atteint son maximum avec les étudiants en doctorat qui planifient de manière régulière et autonome leur travail.


Les filières d'élites tel que l'IEP de Paris repèrent des profils scolaires qu'ils décrivent comme allant au-delà du programme (l'étudiant ne doit pas avoir lu que les œuvres au programme de terminale) et capable de faire preuve de curiosité et d'enthousiasme intellectuel.


Mais seule une infime minorité d'élèves sont capables de préserver ces qualités tout au long de leur scolarité et de leurs études.


Mais comment expliquer cette baisse de la motivation et l'intérêt intrinsèque des élèves pour les savoirs scolaires ?


2) L'impact du système scolaire et des enseignants


Il est possible de considérer que le fonctionnement même du système scolaire induit pour partie un tel phénomène. Les psychologues mettent en avant le caractère contre-productif pour la motivation intrinsèque des notes qui produisent une motivation extrinsèque. Les pédagogues ont mis en lumière le fait que les programmes imposent des contenus ou un rythme d'apprentissage qui ne s'adapte pas à la singularité de chaque élève.


De leur côté, les enseignants ont pu être de bons élèves dans le système scolaire. Ce qui ne veut pas dire d'excellents apprenants. On appellera « bon élève », l'élève qui s'adapte aux exigences du système scolaire pour avoir de bonnes notes. On appellera « excellent apprenant », celui qui a avant tout des buts de maîtrise. Cet apprenant ne se limite pas aux exigences scolaires, mais se donne pour objectif de maîtriser des domaines du savoir. L'excellent apprenant est celui qui parvient a atteindre un niveau d'expert dans un ou plusieurs domaines. Les scientifiques, les artistes reconnus, les sportifs de haut niveau ont été des excellents apprenants dans leur domaine de compétence.


Le bon élève est centré sur les stratégies scolaires. La maîtrise de celle-ci s'accompagne souvent de l'apprentissage d'un curriculum caché. Ce curriculum consiste à se centrer sur le fait de chercher à restituer à l'enseignant ce qu'on pense qu'il attend pour avoir une bonne note. Cela peut consister également à apprendre comment tricher pour avoir une bonne note. Cela peut également consister à ne pas participer de peur de se faire remarquer par les autres comme un « fayot » ou de peur de perdre la face. Cette attitude peut s'accompagner d'une relative passivité mentale face aux apprentissages.


Il est alors possible de se demander dans quelle mesure l'enseignant tout en ayant une représentation de ce qu'est un élève idéal n'est pas conduit dans sa pratique à induire le comportement du bon élève.


De fait, il est possible de se demander si l'accent mis par l'enseignant sur le cadre institutionnel (programme et notes) et son ethos de bon élève ne conduisent pas à constituer un obstacle pour produire un excellant apprenant.


Ainsi, une formation des enseignants doit sans doute conduire à ce que l'enseignant-stagiaire s'interroge sur son propre rapport au savoir et aux normes scolaires et ce qu'il reproduit et construit dans sa pratique enseignante.


3) Quelles pratiques pédagogiques pour susciter le désir d'apprendre ?


Il est alors possible de se demander quelles pratiques pédagogiques sont en capacité de maintenir chez les élèves la curiosité intellectuelle et une motivation intrinsèque pour les savoirs.


Les grands pédagogues ont apporté des réponses qu'il convient sans doute de revisiter. Il s'agit tout d'abord de la « pédagogie des centres d'intérêt » (Decroly) qui consiste à s'appuyer sur les centres d'intérêt des élèves pour les faire progresser.


Il s'agit également des pédagogies qui comme celles de Freinet se sont données pour objectif de permettre à l'élève d'effectuer des travaux scolaires qui lui permettent d'exprimer toutes ses potentialités créatives.


De fait, il s'agit alors de proposer à l'élève de pouvoir réaliser un travail qu'il puisse concevoir comme une œuvre et non simplement comme un pensuum pour lequel il s'agit avant tout d'obtenir une bonne note. C'est ce que Philippe Meirieu appelle une pédagogie du chef d'oeuvre.


4) Problèmes :


Les enseignants en dépit des contraintes de l'institution scolaire peuvent-ils susciter et maintenir le désir d'apprendre des élèves ?


Les pédagogies qui visent à entretenir le désir d'apprendre des élèves sont-elles adaptées à tous les élèves y compris ceux qui sont scolairement faibles ? Ne risque-t-on pas de les perdre dans des projets qui entretiennent les malentendus scolaires et dans des pédagogies informelles ?


Peut-on espérer faire en sorte que tous les élèves puissent accéder à un rapport au savoir qui est celui qui caractérise l'excellent apprenant ?


5) Trois axes:



- La formation des enseignants à la recherche et par la recherche: il s'agit de travailler dans le cadre de cette option avec les enseignants novices à une explicitation de leur trajectoire d'apprenant et leur rapport au savoir. A cet effet, les outils mobilisés sont: l'auto-analyse, le récit de vie, l'auto-entretien.

Il s'agit également de travailler avec les enseignants les compétences de haut niveau que sont la créativité qui se traduit dans les compétences enseignantes par l'innovation pédagogique. A cet effet, on fera travailler les enseignants sur une expérimentation pédagogique observé par le biais d'une auto-ethnographie.


- La formation des enseignants aux différents courants pédagogiques: il s'agit de faire découvrir aux enseignants différentes pratiques pédagogiques et courants éducatifs (courant de l'unschooling, pédagogie Freinet, pédagogie sociale...) . Entre autre, on s’intéressera à la méthode d'enseignement stratégique.  


- L'éthique de l'enseignant et de l'apprenant: On s’intéressera au sens et aux finalités d'apprendre et d'enseigner en développant une réflexion philosophique sur l'apprenant authentique et sur l'engagement dans la tâche de l'enseignant. 

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Animé par Irène Pereira

 

PESPE en philosophie

ESPE de l'Université de Paris-EST

 

Docteure HDR en sociologie

 

Chercheuse associée au laboratoire

Lettres, Idées, Savoirs (LIS)

Université de Créteil.

 

Chercheuse associée 

au laboratoire Dynamiques européennes

(Université de Strasbourg)

 

Qualifiée professeur des Universités en sociologie (19)

 

Qualifiée MCF en philosophie (17), science politique (04) et sociologie (19).