Mises en perspective sur l'enseignement d'Education morale et civique

 

(Ressources pratiques en bas de page)

 

 

Au moment de la refondation de l'école Vincent Peillon lance l'idée d'introduire un enseignement d'éducation morale et civique qui couvrirait la scolarité du CP à la terminale. Nous allons mettre en relief certains éléments philosophiques dans le programme d'Education morale et civique.

 

Principes généraux

 

« 1. L'éducation morale n'est pas du seul fait ni de la seule responsabilité de l'école ; elle commence dans la famille. »

 

Le texte rappelle que si l'éducation n'est pas du seul ressort de la famille, la première instance éducative est bien la famille. Condorcet avait pour sa part réserver à la famille l'éducation et restreint le rôle de l'école à l'instruction.

 

« Il se fait dans le cadre laïque qui est celui de la République et de l'école. Ce cadre impose de la part des personnels de l'éducation nationale une évidente obligation de neutralité, mais celle-ci ne doit pas conduire à une réticence, voire une abstention, dans l'affirmation des valeurs transmises. Les enseignants et les personnels d'éducation sont au contraire tenus de promouvoir ces valeurs dans tous les enseignements et dans toutes les dimensions de la vie scolaire. »

 

Le texte précise que l'obligation de neutralité ne doit pas être comprise comme le fait que la République française serait axiologiquement neutre. Il y a bien une volonté de transmettre une morale substantielle républicaine et non pas de se limiter à une conception libérale qui fixe uniquement un cadre juridique.

 

Cela met en valeur le fait que l'obligation de neutralité n'est pas incompatible avec l'affirmation de convictions par l'enseignant dans la mesure où celles-ci recoupent les valeurs de la République : lutte contre le sexisme, l'homophobie, le racisme…

 

L'enseignant n'a donc pas à s'abriter derrière l'obligation de neutralité pour faire un cours asceptisé. La formation de l'esprit critique des élèves n'implique par un cours neutre. 

 

« 2. Cet enseignement a pour objet de transmettre et de faire partager les valeurs de la République acceptées par tous, quelles que soient les convictions, les croyances ou les choix de vie personnels. Ce sont les valeurs et les normes impliquées par l'acte même d'éduquer telle qu'une école républicaine et laïque peut en former le projet. »

 

Le texte rappelle, en particulier à chaque enseignant, qu'en passant le concours et en devenant fonctionnaire, il accepte, quelque soit par ailleurs ses convictions personnelles, d'être un promoteur dans le cadre de son enseignement des valeurs de la République.

 

«  Elles supposent une école à la fois exigeante et bienveillante qui favorise l'estime de soi et la confiance en soi des élèves, conditions indispensables à la formation globale de leur personnalité. »

 

Exigeante : car les études sur l'effet enseignant montre que ce sont les enseignants les plus exigeants qui font le mieux réussir les élèves.

 

« Bienveillant »  car le mal-être scolaire peut être un facteur d'échec scolaire et de décrochage.

 

Exigence et bienveillance sont donc les deux pôles de la réussite scolaire.

 

Estime de soi et confiance en soi : rejoignent des notions comme la perception d'efficacité personnelle qui sont des facteurs de réussite scolaire. Mais la « confiance en soi » est également une qualité nécessaire pour être en mesure d'affirmer une opinion et de la défendre face à un groupe : qualité que l'on peut attendre de l'éducation citoyenne.

 

«  À l'écoute de chacun, il encourage l'autonomie, l'esprit critique et de coopération »

 

Autonomie et coopération sont deux qualités qui sont mises en tension. L'éducation doit permettre à l'élève de s'affirmer comme individu autonome, mais tout en étant capable de coopération sociale.

 

L'esprit critique est ce qui permettra à l'élève d'éviter l'aliénation dans une soumission irréfléchie à l'autorité. Il est la condition de possibilité de l'autonomie.

 

«  Il veille à éviter toute discrimination et toute dévalorisation entre élèves. »

 

L'enseignant doit être le garant d'un cadre qui permet la liberté d'expression des élèves. Il ne peut y avoir liberté d'expression là où la parole devient instrument de discrimination et de dévalorisation de certains.

 

« 4. L'enseignement moral et civique a pour but de favoriser le développement d'une aptitude à vivre ensemble dans une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Il met en œuvre quatre principes :

 

a)- penser et agir par soi-même et avec les autres et pouvoir argumenter ses positions et ses choix (principe d'autonomie)

 

L'autonomie est une valeur clef de la construction du citoyen. Cela passe par le fait d'être en capable d'affirmer des choix argumentés.

 

Il s'agit ici du travail d'une compétence dit de haut niveau intellectuel. Bien souvent les enseignants tendent à reculer ce travail en jugeant les élèves trop jeunes. Ils tendent également à inciter les élèves à ne pas prendre de positions et à être neutres.

 

Au contraire, l'enseignement Education morale et civique incite les enseignants à laisser les élèves à se forger un jugement critique.

 

b)- comprendre le bien-fondé des normes et des règles régissant les comportements individuels et collectifs, les respecter et agir conformément à elles (principe de discipline)

 

L'autonomie suppose que l'élève n'obéisse pas aux règles uniquement par conformisme social (hétéronomie). Mais il leur obéit parce qu'il en a compris la légitimité rationnelle et sociale.

 

c)- reconnaître le pluralisme des opinions, des convictions, des croyances et des modes de vie (principe de la coexistence des libertés) ;

 

Nous vivons dans une société pluraliste, marqué en particulier par une pluralité culturelle. L'élève doit donc la reconnaître comme un fait, mais cette pluralité implique en outre une exigence éthique qui est l'absence de discriminations. La reconnaissance du pluralisme est donc indissociable d'une éducation à la lutte contre les discriminations racistes, homophobes...

 

Reconnaître le pluralisme des croyances implique que les enseignants se forment à l'enseignement du fait religieux. Les enseignants doivent être soucieux de développer une culture générale riche sur les religions, leurs histoires et la sociologie des religions. 

 

d)- construire du lien social et politique (principe de la communauté des citoyens).

 

L'enseignement d'éducation morale et civique doit aider l'élève à construire des compétences sociales (« coopération ») et politiques (« citoyenneté démocratique »).

 

« 5. L'enseignement moral et civique privilégie la mise en activité des élèves. Il suppose une cohérence entre ses contenus et ses méthodes (discussion, argumentation, projets communs, coopération...) ». 

 

Le programme d'EMC détaille un certain nombre de pratiques qui peuvent être mises en œuvre telles que : « messages clairs » et « conseils d'élèves » (pédagogie institutionnelle), discussion à visée philosophique, dilemmes moraux (exemple du dilemme de Heinz)…

Cela suppose également que l'enseignant soit capable de faire preuve d'innovation pédagogique en s'appuyant sur sa liberté pédagogique.

 

« 6. Tous les enseignements à tous les degrés doivent y être articulés en sollicitant les dimensions émancipatrices et les dimensions sociales des apprentissages scolaires, tous portés par une même exigence d'humanisme. Tous les domaines disciplinaires ainsi que la vie scolaire contribuent à cet enseignement ».

 

Certains enseignants peuvent avoir tendance à penser que le travail sur l'esprit critique et sur les valeurs humanistes se limite au cours d'EMC. Il s'agit au contraire de dimensions transversales qui doivent être présentes dans l'ensemble des autres enseignements.

 

« Valeurs : La morale enseignée à l'école est une morale civique en lien étroit avec les principes et les valeurs de la citoyenneté républicaine et démocratique. Ces valeurs sont la liberté, l'égalité, la fraternité, la laïcité, la solidarité, l'esprit de justice, le respect et l'absence de toutes formes de discriminations. »

 

Le programme énonce un certain nombre de valeurs qui peuvent être vues comme celles que doivent promouvoir auprès de leurs élèves les enseignants.

 

« Savoirs : Cet enseignement requiert l'appropriation de savoirs (littéraires, scientifiques, historiques, juridiques...). Il n'existe pas de culture morale et civique sans les connaissances qui instruisent et éclairent les choix et l'engagement éthiques et civiques des personnes. »

 

Cela suppose que les enseignants possèdent une solide culture générale ou qu'ils fassent l'effort pour l'acquérir.

 

« Pratiques : Développer les dispositions morales et civiques, c'est développer une disposition à raisonner, à prendre en compte le point de vue de l'autre et à agir. L'enseignement moral et civique est par excellence un enseignement qui met les élèves en activité individuellement et collectivement. Il n'est ni une simple exhortation édifiante, ni une transmission magistrale de connaissances et de valeurs. Il s'effectue, autant que possible, à partir de situations pratiques, dans la classe et dans la vie scolaire, au cours desquelles les élèves éprouvent la valeur et le sens de cet enseignement (conseils d'élèves, mise en scène de dilemmes moraux, jeux de rôles, débats réglés...). »

 

Le programme d'EMC essaie de répondre à l'objection qui avait été faîte aux leçons de morale : un discours ne garantie pas l'application dans les actes. Une pédagogie active est sensée stimuler des situations authentiques et significatives et aider les élèves à mettre les principes moraux en acte.

 

« La sensibilité : La sensibilité est une composante essentielle de la vie morale et civique : il n'y a pas de conscience morale qui ne s'émeuve, ne s'enthousiasme ou ne s'indigne. L'éducation à la sensibilité vise à mieux connaître et identifier ses sentiments et émotions, à les mettre en mots et à les discuter, et à mieux comprendre ceux d'autrui ».

 

En appuyant la morale sur la sensibilité, le programme d'EMC se situe dans la continuité de certaines traditions philosophiques (morale du sentiment, par exemple Rousseau), mais également les travaux sur l'empathie en éthologie animale et en neuroscience.

 

« Le droit et la règle : L'éducation au droit et à la règle vise à faire acquérir le sens des règles au sein de la classe, de l'école ou de l'établissement. Elle a pour finalité de faire comprendre comment, au sein d'une société démocratique, des valeurs communes s'incarnent dans des règles communes. Elle tient compte du fait que les qualités attendues des futurs citoyens sont destinées à s'exprimer dans un cadre juridique et réglementaire donné que ces mêmes citoyens peuvent faire évoluer. »

« Le jugement :La formation du jugement moral doit permettre de comprendre et de discuter les choix moraux que chacun rencontre dans sa vie. C'est le résultat d'une éducation et d'un enseignement qui demandent, pour les élèves, d'appréhender le point de vue d'autrui, les différentes formes de raisonnement moral, d'être mis en situation d'argumenter, de délibérer en s'initiant à la complexité des problèmes moraux, et de justifier leurs choix. Les élèves sont des sujets dont l'autonomie ne peut être progressivement acquise que s'ils ont la capacité de veiller à la cohérence de leur pensée, à la portée de leurs paroles et à la responsabilité de leurs actions. Le développement du jugement moral, modulé selon les âges, fait appel de manière privilégiée aux capacités d'analyse, de discussion, d'échange, de confrontation des points de vue dans des situations problèmes. Il demande une attention particulière au travail du langage, dans toutes ses expressions écrites ou orales.

 

L'engagement : On ne saurait concevoir un enseignement visant à former l'homme et le citoyen sans envisager sa mise en pratique dans le cadre scolaire et plus généralement la vie collective. L'école doit permettre aux élèves de devenir acteurs de leurs choix, et de participer à la vie sociale de la classe et de l'établissement dont ils sont membres. L'esprit de coopération doit être encouragé, la responsabilité vis-à-vis d'autrui mise à l'épreuve des faits.

 

La question de l'engagement qui est une des dimensions de l'enseignement de l'EMC appelle des interrogations particulières sur le plan de l'ethique de l'enseignant. En effet, si on admet que l'une des qualités de l'enseignant est l'exemplarité et que cela implique un congruence entre ses paroles et ses actes, peut-on admettre que cet enseignant puisse parler d'engagement citoyen à ses élèves, de l'engagement dans la vie collective au- delà du cadre scolaire, sans en avoir lui-même ? Peut-on sensibiliser les élèves à des « figures de l'engagement » sans soi-même tendre mettre en pratique cet engagement ? Pourquoi les enseignants seraient crédibles à vanter les vertus de l'engagement si eux-mêmes en tant que citoyens n'ont pas d'engagement ?

 

 

Documents pour travailler l'éducation morale et civique :

 

 

Programme d'éducation morale et civique:

http://www.education.gouv.fr/pid25535/bulletin_officiel.html?cid_bo=90158

 

Ressources Eduscol :

http://eduscol.education.fr/pid33120/enseignement-moral-et-civique.html

 

http://eduscol.education.fr/cid91875/le-programme-d-enseignement-moral-et-civique-pour-la-rentree-2015.html

 

Autres ressources:

 

Academie de Grenoble: 

http://www.ac-grenoble.fr/savoie/pedagogie/docs_pedas/tonolo_dvp/sito.php

 

 

Outils conseillés par le programme:

 

- Les messages clairs: technique de communication non-violente

 

- Le théâtre: le théâtre forum (technique du théâtre de l'opprimé)

 

- Le conseil d'élève

 

- La discussion à visée philosophique

 

- Les dilemmes moraux

 

- Liste de philo-fables

 

- Des livres pour philosopher avec les enfants (gratuits en ligne)

 

 

Exemples de cours de moral en Belgique:

http://www.entre-vues.net/Pratiquespedagogiques/Lecons.aspx

 

 

 

Auteurs généraux :

 

Copens Michèle, « Belgique : les dilemmes moraux dans les cours de morale ». URL :

http://www.educ-revues.fr/Diotime/AffichageDocument.aspx?iddoc=32528

Kant, Qu'est-ce que les Lumières ?

Hochmann Jacques, Une histoire de l'empathie

Hessel Stéphane , Indignez-vous !

Locke John, Lettre sur la tolérance.

Oury Fernand et Thébaudin Françoise, Pédagogie institutionnelle, Mise en place et pratique des institutions dans la classe

Tozzi Michel, La morale ça se discute

 

Quelques auteurs sur les activités à visées philosophiques en classe :

Matthew Lipman - https://fr.wikipedia.org/wiki/Matthew_Lipman

Michel Tozzi - http://www.philotozzi.com/

Oscar Brenifier - http://www.pratiques-philosophiques.fr/

Jean-Charles Pettier - http://pratiquesphilo.free.fr/spip.php?article3

Jacques Levine - https://fr.wikipedia.org/wiki/Jacques_L%C3%A9vine

 

 

 

Des thématiques:

 

 

- Liberté de conscience, liberté d'expression à l'école

 

- Educations transversales: développement durable, aux médias et à l'information... 

 

 

L'éducation aux médias: 

 

UNESCO, Kit d'éducation aux médias

 

Le CLEMI - Centre d'éducation aux médias

 

L'éducation à l'image

 

 

L'éducation au développement durable:

 

 

Site d'éducation au développement durable

 

Ressources pour l'enseignement au développement durable

 

 

L'éducation à la citoyenneté:

 

Dossier de l'INRP - 2010. 

 

 

Annexes:

 

Ressources sur le sexisme

 

Ressources sur le racisme

 

Ressources: enseigner le fait religieux

 

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Animé par Irène Pereira

 

PESPE en philosophie

ESPE de l'Université de Paris-EST

 

Docteure HDR en sociologie

 

Chercheuse associée au laboratoire

Lettres, Idées, Savoirs (LIS)

Université de Créteil.

 

Chercheuse associée 

au laboratoire Dynamiques européennes

(Université de Strasbourg)

 

Qualifiée professeur des Universités en sociologie (19)

 

Qualifiée MCF en philosophie (17), science politique (04) et sociologie (19).