Éthique de l'enseignant : la congruence



La congruence désigne une attitude existentielle et morale d'adéquation entre le discours et les actes. Elle se traduit dans les compétences professionnelles demandées à l'enseignant par l'exemplarité.


Il est possible de se demander sur le plan de l'ethique de l'enseignant ce que peut recouper plus précisément cette congruence :


- La congruence dans le rapport à la culture :


On attend de l'enseignant qu'il favorise chez ses élèves l'accès à la culture classique et savante. De ce fait, on imagine mal qu'un enseignant puisse encourager ses élèves à des pratiques culturelles « dites légitimes » si lui-même est éloigné de la lecture, des pratiques culturelles cultivées.

De manière générale, on peut attendre de l'enseignant qu'il ait à coeur de développer une culture générale étendue dans tous les domaines. Cela ne signifie pas être un spécialiste de tous les domaines, mais d'avoir une curiosité et une ouverture intellectuelle pour de vastes domaines de l'activité humaine en particulier scientifiques.


- La congruence dans le rapport à la lecture :


La lecture est la seule pratique de loisir corrélée positivement à la réussite scolaire. De ce fait, on peut s'attendre à ce que les enseignants encouragent la pratique de lecture personnelle des élèves. Néanmoins, on peut là encore se demander quelle légitimité pourrait avoir un enseignant qui lui même serait éloigné d'une pratique de lecture cultivée. On peut espérer que les enseignants se classent dans la catégorie des grands lecteurs (25 livres par an), voire des très grands lecteurs (52 livres par an).


- La congruence dans le rapport à l'écriture :


L'enseignant doit encourager les pratiques d'écriture de ses élèves et en particulier des pratiques d'écriture personnelles. La congruence suppose que l'enseignant aussi ait à coeur d'écrire régulièrement, par exemple toutes les semaines.


- La congruence dans l'activité intellectuelle :


De manière générale, on peut se montrer sceptique face à un enseignant qui attend que les élèves aient un rapport actif au savoir, mais qui lui même n'a pas ce rapport actif au savoir.

Celui-ci consiste à faire des recherches personnelles pour se cultiver, à être ouvert sur le monde et l'actualité. Cela consiste également à faire preuve d'activité intellectuelle lorsque l'on esc en situation de formation : en posant des questions, en étant pro-actif face à sa formation et non pas passif.


- Les stratégies expertes d'apprentissage :


On peut s'attendre à ce que l'enseignant puisse former les élèves aux stratégies expertes d'apprentissage. Mais cela suppose qu'il les connaissent. Pour cela, il faut que l'enseignant prenne l'initiative de se former à l'étude de ces stratégies en suivant l'actualité scientifique à ce sujet.


- L'esprit critique et l'engagement citoyen :


Il est demandé à l'enseignant d'aider à former l'esprit critique des élèves et à les inciter à un engagement citoyen à des valeurs fondamentales telles que la lutte contre les inégalités sociales et les discriminations.


On peut se demander si un enseignant qui par crainte n'ose pas faire preuve d'esprit critique ou qui n'a pas d'engagement citoyen personnel contre les inégalités sociales et les discriminations peut de manière cohérente se présenter devant les élèves pour les encourager à faire preuve d'engagement.


- La créativité :


L'enseignant doit aider les élèves à développer les compétences de haut niveau intellectuel : non seulement l'esprit critique, mais également la créativité. Mais cela suppose qu'il soit lui-même ouvert sur un enseignement créatif qui n'hésite pas à mettre en œuvre la liberté pédagogique et d'innovation qui lui est reconnu par les textes.


Conclusion: La formation des enseignants


Les enseignants novices n'ont pas suffisamment construit durant leur parcours scolaire et universitaire certaines compétences qui sont importantes pour être un enseignant. Ces compétences ne sont pas assez sollicitées durant le parcours scolaire et universitaire: culture générale personnelle, esprit critique, créativité, engagement citoyen...

Cela signifie qu'ils ne vont pas les mettre en oeuvre dans leur pratique d'enseignants et en outre qu'ils ne vont pas pouvoir y former les élèves. 

Cela se traduit pour beaucoup par un manque d'activité intellectuelle durant les séances de formation qui se remarque par une participation orale faible et un niveau de questionnement qui souligne un manque de culture générale, un manque d'esprit critique et de créativité.

Les enseignants novices ignorent parce qu'ils n'y ont pas été formés durant leur scolarité et leur parcours universitaire les stratégies d'apprentissage expertes.

Ils ne parviennent pas à se saisir de la liberté pédagogique et du droit à l'innovation qui leur est reconnu dans les textes et qui devrait animer leur pratique pédagogique dès l'année de stage. Ils se contentent pour beaucoup de reprendre des fiches de manuels.



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Animé par Irène Pereira

 

PESPE en philosophie

ESPE de l'Université de Paris-EST

 

Docteure HDR en sociologie

 

Chercheuse associée au laboratoire

Lettres, Idées, Savoirs (LIS)

Université de Créteil.

 

Chercheuse associée 

au laboratoire Dynamiques européennes

(Université de Strasbourg)

 

Qualifiée professeur des Universités en sociologie (19)

 

Qualifiée MCF en philosophie (17), science politique (04) et sociologie (19).