La norme scolaire et genre



La norme scolaire se traduit lorsqu'elle est parfaitement intériorisée par les élèves par le fait d'être « trop scolaire ». Le fait de traiter un élève de trop scolaire signifie qu'on considère qu'il a intériorisé la norme scolaire sans être en mesure d'aller au-delà de cette norme pour faire preuve de réflexion personnelle et/ou de créativité.


Etre élève :


Entrer à l'école, c'est être ou devenir élève. Il y a un ensemble de normes qui construisent l'élève. Être élève, c'est apprendre à rester assis sur une chaise sans bouger, c'est apprendre à écouter l'enseignant sans parler, à respecter des consignes…


L'élève fille et la socialisation scolaire de genre :


Marie Duru-Bellat lie la réussite scolaire des filles à l'intériorisation plus grande de la norme scolaire en lien avec une socialisation de genre qui favorise le respect des consignes. Ainsi selon Marie Duru-Bellat, les filles reçoivent de la part des enseignants plus de compliments concernant leur conduite que de rétroaction sur la qualité intellectuelle de leur travail. Ce curriculum caché de genre peut avoir une influence sur le fait que ce sont les filles qui vont apparaître plus souvent comme des élèves « scolaires ».


L'élève trop scolaire est celui qui est incapable de faire preuve de la latitude de réflexion que nécessite les travaux qui vont au-delà de la restitution de cours et de l'application. Les stratégies de résolution de problème, qui demandent de la créativité, supposent que le sujet prenne le risque d'aller au-delà de la restitution de connaissances.


L'élève garçon des classes populaires et la norme de genre :


A l'inverse de l'élève scolaire, existe l'élève anti-scolaire (par référence à la culture anti-école de Paul Willis). C'est celui qui refuse de devenir élève. Ce refus le condamne au décrochage ou à la réorientation vers des voies professionnelles courtes. Ce refus a pu être la conséquence d'un décrochage des apprentissages scolaires. L'élève est devenu un « touriste » (Barrère). Cela peut être vécu par l'élève comme la conséquence d'une violence liée à l'écart entre le travail fourni et les résultats scolaires obtenus.


L'élève fille des classes moyennes supérieures et la réussite scolaire :


Apprendre à devenir élève et intégrer en partie la norme scolaire sont nécessaire pour réussir à l'école. La réussite scolaire caractérise le « bon élève ». Souvent une fille des classes moyennes supérieures, le « bon élève » (Dubet) est un élève scolaire. Cet élève peut avoir des buts de maîtrise, mais il a nécessairement des buts de performance. Il recherche un enseignant efficace.


L'élève garçon des classes moyennes supérieures et la classe créative :


Néanmoins, le bon élève peut être confronté au fur et à mesure des années, par la recherche universitaire et/ou dans le monde professionnel, à de nouvelles exigences qui ne sont pas les simples qualités scolaires. Il s'agit alors de la capacité à prendre des décisions, à faire preuve de créativité et d'innovation… Ces qualités heurtent l'ethos construit par la norme scolaire car elles demandent, non pas la capacité à se soumettre à des normes, mais la capacité à créer des règles. Celui qui prend des décisions choisi par lui-même une règle. Le créateur comme l'avait montré Kant est celui qui est en capacité de créer de nouvelles règles qui seront reprises par d'autres.


La créativité a été analysée par les psychologues comme liée à des traits de personnalité : prise de risque, tolérance à l'ambiguïté, goût pour les idées nouvelles... Dans le marché de l'emploi, les places les plus socialement valorisés de la classe creative sont occupés par la suite par les élèves garçons des classes moyennes supérieures : ingénieur, concepteur en informatique, scientifique... Contrairement aux garçons des classes populaires leur socialisation d'enfants de classes moyennes leur permet une plus grande connivence avec les normes scolaires et les aident plus facilement à devenir élève. Mais à la différence des filles des classes moyennes supérieures, leur socialisation de genre les encourage à faire des choix d'orientation socialement plus ambitieux que ceux des filles. Une personnalité audacieuse apparaît comme une qualité de genre socialement masculine.


Références :


Barrère Anne, Travailler à l'école, Rennes, PUR, 2003.


Dubet François, Les lycéens, Paris, Seuil, 1991.


Duru-Bellat Marie. Note de synthèse [Filles et garçons à l'école, approches sociologiques et psycho-sociales]. In: Revue française de pédagogie, volume 110, 1995. Filles et garçons devant l'école. pp. 75-109.


Lubbart Todd, Psychologie de la créativité, Paris, Armand Colin, 2003.


Willis Paul, A l'école des ouvriers, Marseille, Agone, 2011.


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Animé par Irène Pereira

 

PESPE en philosophie

ESPE de l'Université de Paris-EST

 

Docteure HDR en sociologie

 

Chercheuse associée au laboratoire

Lettres, Idées, Savoirs (LIS)

Université de Créteil.

 

Chercheuse associée 

au laboratoire Dynamiques européennes

(Université de Strasbourg)

 

Qualifiée professeur des Universités en sociologie (19)

 

Qualifiée MCF en philosophie (17), science politique (04) et sociologie (19).