Trajectoire d’apprenant, rapport au savoir et formation de l’enseignant


 

La formation des enseignants gagne à s’appuyer sur une objectivation et une analyse réflexive par l’enseignant stagiaire de sa trajectoire d’apprenant et de son rapport au savoir.

 

L’auto-analyse par l’enseignant stagiaire de sa trajectoire d’apprenant et de son rapport au savoir peut lui permettre de prendre conscience d’un certain nombre d’éléments qui ont une influence sur sa pratique.

 

I- Ce qui peut être décrit:

 

Ces éléments peuvent être d’ordre sociologiques :

-          la prise de conscience du décalage de classes sociales avec ses élèves : l’enseignant peut identifier son milieu social et le style éducatif de sa famille

-          la différence de genre entre l’enseignant et les élèves de sexe opposé : la manière dont le rapport au savoir de l’enseignant s’est construit en fonction de sa socialisation de genre

-     l’origine migratoire et l’ethnocentrisme : la manière dont le rapport au savoir de l’enseignant s’est construit en fonction de son origine culturelle.

-          réussite scolaire paradoxale, trajectoire de mobilité sociale ascendante ou descendante, déclassement social de l’enseignant…Ces éléments permettent d’expliciter chez l’élève son rapport à l’école.

-          Les pratiques culturelles de loisirs : cela permet d’expliciter le rapport de l’enseignant à la culture scolaire légitime et à la culture de divertissement de masse.

-    Le curriculum caché que l'enseignant a acquis en tant qu'élève durant sa scolarité et qu'il risque de reproduire inconsciemment auprès de ses élèves.  

 

Ces éléments peuvent être également cognitifs :

-          les méthodes utilisées pour apprendre : apprentissage par cœur, mémoire sémantique, exercices…

-          les stratégies d’auto-régulation

-          le rapport à certaines disciplines (mathématiques, français…) en fonction du sexe

-          le rapport à certaines activités telles que la lecture

-          place des compétences de bas niveau et de haut niveau dans la trajectoire d’apprentissage

 

Cette description peut également porter sur le sens donné au savoir et les finalités de l’enseignement :

-          types de motivation extrinsèque ou intrinsèque

-          but de maîtrise ou de performance

 

II-Les éléments d’analyse :

 

Comment les données sociologiques et cognitives peuvent être analysées ?

 

- Les données sociologiques :

a)      La différence de classes sociales : beaucoup d’enseignants sont issues des classes moyennes supérieures. Ils ont bénéficié dans le cadre de leur famille d’un style éducatif particulier. Les enseignants hommes lorsqu’ils sont issus des classes sociales supérieures sont en situation de déclassement social. A l’inverse, l’enseignant a pu connaître un réussite scolaire paradoxale : le métier d’enseignant constitue alors une promotion sociale. Ces trajectoires sociales entraînent un rapport à l’école différent.

Les enseignants risquent de projeter sur les élèves de classes sociales populaires leurs normes de classes. Les normes de l’école doivent être explicités aux élèves qui en sont socialement les plus éloignés.

b)      La différence de genre : En fonction du sexe, les élèves n’ont pas le même rapport aux matières. En fonction de leur sexe, les enseignants ont été socialisés différemment. Les enseignants en fonction de leur sexe ont tendance à se comporter différemment avec les élèves de même sexe ou de sexe différent.

c)      Les enseignants d’origine française peuvent faire preuve d’ethnocentrisme relativement à leurs élèves d’origine étrangère. Selon leur origine migratoire, les élèves n’ont pas la même trajectoire scolaire. Il n’est donc pas possible de projeter une vision uniforme sur l’ensemble des élèves d’origine immigrés.

d)     Vrai, bon ou nouveau : François Dubet a distingué trois types de lycéens. Ces types correspondent à des types de rapport au savoir. Le fait qu’un enseignant ait été un « bon lycéen » ne signifie pas qu’il ait été un « vrai lycéen ». Le rapport au savoir du « vrai lycéen » est celui de l’élite sociale : celui des filières d’excellence. Si on désire que les élèves des quartiers populaires puissent avoir droit au meilleurs enseignement, il faut également qu’ils aient des enseignants qui savent ce qu’est le rapport au savoir de l’excellence et qu’il soit capable de l’expliciter à leurs élèves.

 

-          Les données cognitives :

 

a)      Les méthodes d’apprentissage : certaines méthodes d’apprentissage sont plus efficaces que d’autres. L’enseignant peut prendre conscience de son expertise dans certaines matières et au contraire l’inadéquation de ses méthodes d’apprenant avec d’autres matières. Il peut prendre alors conscience de la nécessité d’apprendre à ses élèves des stratégies d’apprentissage plus expertes. En particulier, la mémoire sémantique joue un rôle important dans la réussite scolaire : l’enseignant doit en comprendre le fonctionnement et être en capacité de l’expliciter à ses élèves.

b)      Le rapport au savoir des enseignants : certains types de rapport au savoir et motivations ne sont pas favorables aux apprentissages. L’enseignant peut alors s’interroger sur le sens et la finalité qu’il accorde aux apprentissages.

c)      Le rapport à la lecture. Le rapport à la lecture est une dimension fondamentale dans la réussite scolaire des élèves en particulier pour les enfants des classes populaires. Un rapport à la lecture distant de la part de l’enseignant peut avoir un impact sur le rapport à la lecture des élèves, mais également dans la capacité de l’enseignant de se former par la recherche.

d)     Les compétences intellectuelles de haut niveau : L’enseignant peut s’interroger sur la place qu’ont occupé dans sa trajectoire d’apprenant les compétences de haut niveau. Dans quelle mesure l’esprit critique et la créativité ont-elles été des compétence qu’il a mis en œuvre dans sa trajectoire d’apprenant ? L’enseignant peut alors prendre conscience de l’importance de mettre en œuvre des pratiques pédagogiques qui ne fassent pas travailler uniquement les compétences de bas niveau.

 

Conclusion :

L’auto-analyse par l’enseignant de sa trajectoire d’apprenant et de son rapport au savoir peut lui permettre de prendre conscience de ce qu’il va transmettre socialement et cognitivement dans ses pratiques de son propre rapport au savoir à ses élèves. Certains aspects de ce rapport au savoir peuvent être positifs. Il peut au contraire se rendre compte qu’il doit faire attention à certains aspects dont il n’avait pas nécessairement conscience. Il peut également décider de changer certains aspects de son rapport au savoir car ils sont contraires aux compétences professionnelles afin de gagner en efficacité enseignante.  

 

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Animé par Irène Pereira

 

PESPE en philosophie

ESPE de l'Université de Paris-EST

 

Docteure HDR en sociologie

 

Chercheuse associée au laboratoire

Lettres, Idées, Savoirs (LIS)

Université de Créteil.

 

Chercheuse associée 

au laboratoire Dynamiques européennes

(Université de Strasbourg)

 

Qualifiée professeur des Universités en sociologie (19)

 

Qualifiée MCF en philosophie (17), science politique (04) et sociologie (19).