Pédagogie et spontanéité vitale

Il existe en pédagogie différents auteurs au moins depuis Rousseau qui mettent en avant la spontanéité de l'enfant comme moteur de l'apprentissage.


La thèse de la spontanéité vitale de l'enfant comme moteur des apprentissages.


Cette thèse ne se trouve pas seulement chez Rousseau dans L'Emile. Elle est présente également chez Maria Montessori ou chez Celestin Freinet par exemple. Chez ce dernier, elle prend une forme nettement vitaliste. L'enfant est spontanément porté, par une force vitale d'origine biologique, à l'activité et cette activité qui correspond à ses besoins est le travail.


On pourrait penser que cette thèse, dans sa formulation vitaliste, est tombée en désuétude du fait de la remise en question du vitalisme par la biologie moderne. Mais il est possible de s'apercevoir qu'elle est encore présente dans les propos de certains pédagogues contemporains comme thèse philosophique.


Ainsi Arno Stern défend que l'enfant naît avec une énergie vitale qu'il ne s'agit pas de contrarier, mais simplement de stimuler. Il s'agit de faire confiance en la nature spontanée de l'enfant.


L'école imposerait à l'enfant un rythme et des programmes qui ne correspondent pas à sa nature de d'individu singulier. Elle est donc la cause de la perte du désir d'apprendre, de la curiosité intellectuelle et de la créativité des enfants.


L'éducation traditionnelle partirait de l'idée qu'il s'agit non seulement de conduire l'enfant dans une direction choisie par la famille, le pédagogue ou plus largement la société, voire de le contraindre. Dans une telle vision, on ne fait pas confiance en la nature de l'enfant. Celui-ci apparaît comme naturellement paresseux et peu porté à apprendre.


Naturalisme et constructivisme social


Il y a dans cette thèse un présupposé qui est celui d'une nature innée de l'enfant. Cela ne signifie pas nécessairement un don, mais des dispositions à s’intéresser plus ou moins à certains sujets en fonction de ses goûts. Le temps passé à effectuer l'activité serait la cause de la progression de l'enfant plus qu'un don.


Néanmoins, il est possible de se demander si les intérêts de l'enfant, ses dispositions à apprendre… ne sont pas construites socialement en fonction du milieu social. Peut-on imaginer que l'on puisse produire un résultat positif dans une famille peu dotée en capital culturel légitime. De manière générale, la descolarisation, en dehors des familles qui font le choix de ce mode d'enseignement, évoque la situation d'enfants, principalement des petites filles, qui n'ont pas accès à l'école et qui de fait ne sont pas alphabétisées.


Il est en outre possible de remarquer que lorsque des exemples de croissance spontanée sont donnés, ils mettent toujours en valeur l'excellence atteint par l'enfant ou l'adulte qu'il est devenu. Certes il n'est pas seulement question des compétences intellectuelles, mais également d'activités manuelles ou artistiques. Mais dans tous les cas, ce qui séduit les parents qui se rallient à ce mode d'apprentissage, c'est que l'enfant sans contraintes, de lui même, est capable de parvenir à une excellence supérieure à celle du système scolaire classique. C'est l'exemple d'André Stern qui se présente comme la preuve vivante du bien-fondé des thèses de son père au regard de ses multiples talents et activités.


La contrainte sociale et l’énergie vitale


La thèse de la spontanéité vitale amène une autre interrogation. Certes la plupart des élèves perdent leur motivation intellectuelle progressivement au cours des années dans le système scolaire. Mais on peut s'interroger sur l'interprétation de ce phénomène.


On pourrait soutenir qu'il s'agit d'un phénomène naturel. C'est la thèse de Freud. La pulsion de connaître intellectuelle est particulièrement active pendant la période de latence (7-12 ans). La puberté la détourne vers la sexualité.


On peut soutenir qu'il s'agit d'un phénomène qui est la conséquence d'une éducation et d'une scolarisation qui ne respecte ni les rythmes, ni les goûts des enfants. Ce serait l'effet d'une contrainte sociale.


Dans le cas des élèves qui continuent de garder la puissance de leur curiosité intellectuelle, en dépit du système scolaire, il est possible d'interroger ce phénomène à l'aune de la thèse vitaliste. Comment cela est-il possible ? S'agit-il d'une disposition innée ou cela peut-il s'enseigner ?


De même dans la continuité de ce fait, il est possible de se demander pourquoi certaines personnes ne peuvent supporter de renoncer à leur désir profond tandis que d'autres peuvent supporter une existence qui ne correspond pas à ce désir. Mais en plus de cela, il existe des individus qui semblent ne pas connaître un tel désir qui oriente leur existence. Il est alors possible de se demander dans quelle mesure ce désir existe naturellement, dans quelle mesure il est construit socialement ou si au contraire il n'a pas été étouffé par la contrainte sociale.


Conclusion :

La question n'est peut être pas uniquement de mettre en place une éducation alternative qui respecte le désir de l'enfant. La question principale est peut être de comprendre les mécanismes par lesquelles un sujet parvient à préserver son désir et à résister à la contrainte sociale. Il est alors possible de se demander si ce n'est pas cela qu'il s'agit d'enseigner : la capacité de résistance à la contrainte.


Video André Stern :

L'enthousiasme, cet engrais qui fait fleurir l'enfance.

URL : https://www.youtube.com/watch?v=bb6V6ztxK4s


Extrait :


Erich Fromm (« Le renoncement », in Aimer la vie) :


« Plus l’homme est contraint de renoncer, plus il a besoin d’être dressé à l’obéissance pour ne pas se rebeller contre cette exigence de renoncement. Le renoncement lui est imposé comme une nécessité voulue et tenue pour sensée par Dieu, l’Etat, la loi ou qui que ce soit d’autre. S’il n’existait pas une obéissance inaccessible au doute, il pourrait venir à l’esprit des hommes de n’avoir plus envie de continuer à renoncer. Et ce serait extrêmement dangereux pour tout ordre social dans lequel le renoncement et l’obéissance sont d’indispensables éléments structurels. La société, telle qu’elle est, ne pourrait plus du tout exister si ces attitudes de renoncement et d’obéissance n’étaient profondément ancrés en elle par des mécanismes psychologiques et des organisations sociales. »


La thèse d'Erich Fromm, c'est qu'une éducation basée sur l'obéissance, prépare l'individu à une existence de renoncement. Ainsi, si nombre d'individus mènent une existence qui ne correspond en rien à leur désir, s'ils ont admis de renoncer petit à petit à réaliser leurs aspirations les plus profondes, c'est qu'ils y ont été préparé par une éducation qui leur a appris l’obéissance.


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Commentaires: 2
  • #1

    Tami Caruso (lundi, 23 janvier 2017 02:52)


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Animé par Irène Pereira

 

PESPE en philosophie

ESPE de l'Université de Paris-EST

 

Docteure HDR en sociologie

 

Chercheuse associée au laboratoire

Lettres, Idées, Savoirs (LIS)

Université de Créteil.

 

Chercheuse associée 

au laboratoire Dynamiques européennes

(Université de Strasbourg)

 

Qualifiée professeur des Universités en sociologie (19)

 

Qualifiée MCF en philosophie (17), science politique (04) et sociologie (19).