Deux axes pédagogiques : Explicitation et créativité

 

 

Les tenants de la pédagogie explicite reprochent aux pédagogies de la découverte de favoriser une autonomie qui en réalité nuirait aux enfants qui ont le moins de connivence avec le système scolaire, à savoir les enfants des classes populaires. Ces pédagogies laisseraient beaucoup trop d'éléments dans l'implicite.

 

Néanmoins, il est possible d'objecter que la pédagogie explicite si elle est efficace pour travailler les compétences de bas niveau (mémoriser et appliquer) ne permet pas le travail des compétences de haut niveau : analyser-synthétiser, évaluer, créer. De fait, ce serait alors les élèves des classes moyennes supérieures qui par les pédagogies de projet auraient la possibilité d'accéder à ce type de compétences.

 

C'est pourquoi il est possible de se demander comment travailler les deux niveaux de compétence.

 

 

1) Les apports d'une pédagogie explicite et d'un apprentissage stratégique

 

En s'appuyant sur la psychologie cognitive, il est possible de mettre en avant l'importance de l'activité mentale et de la métacognition. L'enseignant met un haut parleur sur sa pensée pour expliciter son activité mentale.

 

Les enfants en difficultés ne sont pas conscients des activités mentales nécessaires pour réaliser les exercices demandés : inférences en compréhension de textes, stratégie de résolution de problèmes en mathématiques. Il sont également confrontés à des malentendus cognitifs sur les finalités des apprentissages qu'il est nécessaire d'expliciter.

 

En outre, les apports de la psychologie cognitive permettent à l'enseignant d'apprendre aux élèves les stratégies d'apprentissage qui ont été évaluées comme les plus efficaces : rattacher les nouvelles connaissances aux connaissances antérieures, structurer l'information, utiliser les stratégies de mémorisation les plus efficaces en fonction du type d'apprentissage….

 

Sur ce plan là, les travaux en psychologie cognitive, nous apprennent que c'est la mémoire sémantique qui est la plus corrélée à la réussite scolaire. Or la mémoire sémantique repose sur un apprentissage en profondeur qui permet de bien comprendre l'information et non sur un apprentissage du surface comme dans la mémorisation par coeur. La mémoire sémantique se travail en multipliant les occasions d'être confronté à la même information sous des formes différentes. C'est par exemple le cas, lorsque l'on effectue une recherche pour approfondir un sujet.

 

2) Les apports d'une pédagogie des centres d'intérêts et d'une pédagogie de projet

 

La pédagogie Freinet a été bien évaluée dans l'amélioration de l'expression orale et écrite qu'elle permet aux enfants des classes populaires, mais également dans les tests de créativité.

 

Les principes de cette pédagogie consiste à tenir compte de la curiosité intellectuelle de l'enfant et de ses centres d'intérêts pour lui proposer un travail motivant.

 

Le travail scolaire proposé à l'enfant ne consiste pas dans des exercices répétitifs et aliénants. Il propose des tâches complexe authentiques et significatives qui font appel à l'esprit critique et à la créativité de l'élève.

 

Ces travaux consistent par exemple à l'oral dans des conférences préparées par les élèves sur un sujet ou dans la rédaction de textes libres.

 

3) Automatisation des tâches de bas niveau intellectuel et travail sur des tâches complexes.

 

 

L'utilisation de méthodes d'apprentissage behavoriste (ex: répétition) ou sociocognitiviste (ex: pédagogie de projet) dépend du type d'activité cognitive et de la discipline étudiée.

 

Pour les activités mettant en jeu la mémoire lexicale (vocabulaire en langue étrangère, poésie...) ou la mémoire procédurale (règles d'orthographe, exercice de mathématiques...), il est nécessaire de répéter.

 

La mémoire procédurale suppose d'automatiser des procédures par des exercices. Il faut plus de répétition que la mémoire lexicale.

 

En revanche, dans ce qui met en jeu la mémoire sémantique (comme la littérature, les sciences de la nature, l'histoire ou la géographie...), il faut effectuer un apprentissage en profondeur. Pour cela, un travail de recherche pour un exposé, un projet ou autre peut être plus pertinent.  

 

 

Conclusion :

 

La leçon doit être présentée de manière déductive et structurée. Mais l'enseignant doit utiliser en outre une méthode démonstrative qui explicite les activités mentales nécessaires à la réalisation des tâches. Il faut être conscient que dans la plupart des cas et pour des raisons de rapidité, nous n'acquérons pas des connaissances par une pédagogie de la découverte. Lorsque nous écoutons une conférence, que nous regardons un documentaire ou que nous lisons un livre, nous sommes confrontés à un exposé. Ce qui est le plus important, c'est que l'apprenant soit capable d'être actif mentalement, efficace et capable d'esprit critique dans toutes les situations d'apprentissages, même si celles-ci ne le mettent pas en activité. Il doit apprendre à être mentalement actif par lui-même.

 

Le travail scolaire qui est proposé aux élèves doit leur permettre de progresser sur l'ensemble des compétences de la taxonomie de Bloom révisée. Ces tâches doivent valoriser le travail de l'élève comme la mémorisation par exemple, mais elles doivent également susciter son esprit critique et sa créativité. Cela signifie que le travail demandé doit permettre d'être suffisamment riche et intéressant pour faire progresser tous les élèves quelque soit leur niveau.

 

L'enseignant doit avoir une représentation claire de la situation de départ (contraintes liées à l'institution scolaire, inégalités sociales entre les élèves). Il doit en tenir compte. Les pédagogies de la découverte ne prennent pas assez compte des contraintes sociales et institutionnelles de départ. C'est pourquoi les pédagogies explicites et structurées sont plus égalitaires. 

Mais l'enseignant ne doit pas se contenter de s'adapter à la réalité sociale de départ. Il doit avoir une visée claire de l'objectif qu'il poursuit: faire en sorte que l'élèves deviennent des apprenants actifs, critiques et créatifs. Pour cela, il faut qu'il mette en place des travaux qui impliquent des taches complexes, authentiques et significatives qui permettent aux élèves de développer l'ensemble des compétences de haut niveau.

L'évaluation de ces tâches doit permettre une évaluation et une valorisation de l'ensemble de la taxonomie de Bloom. C'est à dire que les élèves qui maîtrisent seulement la mémorisation et la restitution doivent être valorisés pour leur travail. Mais la compréhension, l'esprit critique et la créativité doivent également faire l'objet d'un encouragement et d'une évaluation.

 

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Animé par Irène Pereira

 

PESPE en philosophie

ESPE de l'Université de Paris-EST

 

Docteure HDR en sociologie

 

Chercheuse associée au laboratoire

Lettres, Idées, Savoirs (LIS)

Université de Créteil.

 

Chercheuse associée 

au laboratoire Dynamiques européennes

(Université de Strasbourg)

 

Qualifiée professeur des Universités en sociologie (19)

 

Qualifiée MCF en philosophie (17), science politique (04) et sociologie (19).