Le droit (philosophie de l'éducation)



Sujet : L'école doit-elle sanctionner en punissant et en notant ?



Éléments de problématisation :


La question du droit se trouve posée à l'école sous la forme du texte réglementaire et de la sanction qui peut l'accompagner. Cette dernière peut intervenir d'une part en tant que sanction disciplinaire en cas de transgression du règlement intérieur ou des règles de classe qui ont été mises en place soit par l'enseignant, soit par les élèves, ou conjointement par les deux. D'autre part, la sanction intervient dans le cadre de la notation des devoirs.

Sur ces deux points, il est possible de voir se dessiner deux pôles opposés. D'un côté, certains sont partisans d'une sanction qui prennent la forme d'une punition. La note peut être considérée comme la punition qui vient sanctionner une absence ou un manque de travail. La punition dans les systèmes éducatifs traditionnelles donnaient lieu à un châtiment corporel qui devait inscrire la faute dans la mémoire du corps et dont l'exemplarité – puisque souvent administrée en public – devait avoir un effet dissuasif.

A l'opposé de cette conception, on peut situer des approches qui vont considérer que l'évaluation doit avoir une fonction permettant le diagnostique, la formation et d'établir si les compétences ont été acquises. La transgression des règles quant à elle devrait avant tout trouver une réponse éducative et réparatrice.

Ces dernières années, c'est plutôt la question des notes qui agite le débat public. Les travaux en docimologie depuis plusieurs années mettent en lumière le caractère relatif de la notation. Mais c'est également le modèle finlandais, avec les comparaisons internationales PISA, qui vient relativiser l'efficacité du modèle de la notation.



Textes :


Texte 1 :

Le défaut d’obéissance est toujours suivi de punition. Ou bien cette punition est une punition toute naturelle, que l’homme s’attire par sa conduite, comme par exemple la maladie que se donne l’enfant quand il mange trop ; et cette espèce de punition est la meilleure, car l’homme la subit toute sa vie, et non pas seulement pendant son enfance. Ou bien la punition est artificielle. Le besoin d’être estimé et aimé est un sûr moyen de rendre les châtiments durables. Les punitions physiques ne doivent servir qu’à remédier à l’insuffisance des punitions morales. Lorsque les punitions morales n’ont plus d’effet et que l’on a recours aux punitions physiques, il faut renoncer à former jamais par ce moyen un bon caractère. Mais au commencement la contrainte physique sert à réparer dans l’enfant le défaut de réflexion.

(Kant, Traité de pédagogie)


Remarques : Comme l'indique la première phrase de l'extrait, un défaut majeur de l'enfant qui doit être puni, selon Kant, est la désobéissance. Cela se comprend d'autant plus que cet auteur considère que durant la première phase de l'éducation l'enfant doit avant tout apprendre à obéir. C'est une condition présupposée nécessaire à l'acquisition de l'autonomie. En effet, il ne peut pas y avoir de liberté adulte sans obéissance à une règle impersonnelle.


Texte 2 :

Le système de classement. - Je suis l'adversaire déterminé du système de classement en honneur et en usage dans presque tous les établissements où l'on enseigne. Le classement passe, dans l'opinion générale, pour être un heureux stimulant et la plupart des familles s'imaginent qu'il détermine entre les écoliers une émulation nécessaire. Telle n'est pas mon opinion. L'expérience démontre que non seulement le classement ne produit aucun effet véritablement utile, mais encore qu'il aboutit à des résultats déplorables.

Les premiers - ce sont toujours les mêmes : les mieux doués, les plus studieux - deviennent, à la longue, insupportables de présomption. Il faut voir de quel œil dédaigneux d'abord, méprisant ensuite, ces gamins et ces gamines qui occupent toujours le premier rang, dévisagent les pauvres petits camarades qui se traînent lamentablement aux dernières places!

[…]

Le résultat de votre système de sévérité et de punition sera : l'hypocrisie, la pire des fautes chez l'enfant ; la seule peut-être qui soit vraiment répréhensible. Car, que l'enfant, ignorant, étourdi, turbulent, inconsidéré se laisse aller à oublier vos sages conseils, néglige de se conformer à vos recommandations, ne tienne pas un compte suffisant de vos observations, c'est certainement regrettable ; mais ce peut n'être que légèreté, inexpérience, espièglerie, inconscience ; la faute n'est pas là ; en tout cas, s'il y a faute, elle n'est pas bien grave et ne prouve en aucune façon que l'enfant ne vous aime pas, n'est pas bien intentionné, n'a pas le désir de vous être agréable et de se conformer à vos prescriptions.

(Sebastien Faure, « La ruche »)


Remarques : Sebastien Faure met en évidence plusieurs objections classiques contre à l'usage soit des notes, soit des punitions. Dans le cas des notes, ce qui pose difficulté, c'est qu'elles instaurent un système de concurrence et de hiérarchie entre les élèves. Elles les mettent en quelque sorte déjà dans la situation d'accepter l'ordre social inégalitaire au sein de la société qui fait que le plus faible est considéré comme un inférieur au risque d'être humilié.

Le deuxième type d'argumentation contre cette fois l'usage de châtiments et de punitions, c'est qu'ils ne permettent pas d'obtenir une vraie moralité, mais une apparence feinte. En définitif, le caractère mécanique – béhavoriste (châtiment/récompense) – risque d'induire un dressage qui rendra l'enfant incapable de devenir une personnalité autonome.


Focus :


Sur les notes :


Juin 2014 : Lancement par Benoit Hamon d'une « conférence nationale sur l'évaluation scolaire »

http://www.lexpress.fr/education/benoit-hamon-veut-des-notes-moins-decourageantes-a-l-ecole_1553813.html


Un dossier des Cahiers pédagogiques favorables à la suppression des notes :

http://www.cahiers-pedagogiques.com/spip.php?page=numero&id_article=2038


Mouvement contre la constante macabre :

http://mclcm.free.fr/


Sur les sanctions :


Sylvie Eyral, La fabrique des garçons - sanction et genre au collège, PUF, 2011. 

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Animé par Irène Pereira

 

PESPE en philosophie

ESPE de l'Université de Paris-EST

 

Docteure HDR en sociologie

 

Chercheuse associée au laboratoire

Lettres, Idées, Savoirs (LIS)

Université de Créteil.

 

Chercheuse associée 

au laboratoire Dynamiques européennes

(Université de Strasbourg)

 

Qualifiée professeur des Universités en sociologie (19)

 

Qualifiée MCF en philosophie (17), science politique (04) et sociologie (19).