Les enjeux de l'école numérique

 

 

 

1) L'enseignement en ligne : une nouvelle utopie néo-libérale ?

 

L'enseignement en ligne avec la constitution de cours et de services d'enseignement constitue l'un des enjeux de l'économie du numérique. Ces modalités d'enseignement impliquent des intérêts économiques de diffusion et de vente de contenus au niveau international. Pourtant, on peut douter de l'efficacité de ces méthodes d'enseignement lorsque l'on constate l'important taux d'abandon qu'elles génèrent. En outre, on peut se demander si cet engouement pour ces nouvelles méthodes d'enseignement ne s'inscrit pas dans une conception néo-libérale d'individualisation des pratiques et de démantèlement des services publics.

 

2) L'introduction massive des écrans à l'école : une spectacularisation de l'enseignement ?

 

Le tableau numérique interactif, les tablettes tactiles... autant d'instruments qui sont en train d'être introduits dans les écoles. Néanmoins, il est possible de se demander si l'attention qu'elles génèrent de la part des élèves a pour corollaire une efficacité des apprentissages ou s'il s'agit avant tout de nouveaux instruments de gestion de classe ? En effet, les écrans favorisent une attention exogène et non endogène. Les image animées peuvent générer une surcharge cognitive est être peu efficaces pour la compréhension et la mémorisation.

 

3) Les serious games : des instruments au service de la ludification du monde ?

 

Il est possible de se demander si l'introduction à l'école des serious games ne participe par du mouvement de ludification du monde. En effet, le jeu a un rôle dans l'implication des individus. Il est ainsi utilisé dans des techniques de marketing, mais également par des entreprises, pour produire une implication des consommateurs ou des travailleurs. Il est possible de se demander si en introduisant les serious games à l'école, on ne participe pas de ce mouvement de gamification du monde.

 

4) La lecture ou le divertissement

 

Les travaux sociologiques des pratiques de loisir mettent en lumière la baisse de la lecture d'ouvrage depuis les années 1980. Or il s'agit de la seule pratique de loisir qui soit corrélée positivement à la réussite scolaire. Cette pratique se trouve concurrencée et détrônée par l'usage des écrans que ce soit la télévision, puis maintenant l'usage d'Internet, et en particulier des jeux videos.

 

5) Enseignement d'une culture numérique technique ou d'un nouvel humanisme :

 

Face à la place qu'à pris le numérique dans l'économie et la vie quotidienne, se pose la question d'une formation à la culture numérique. Mais, cette question est souvent traitée avant tout sous un angle techniciste comme le fait de proposer une apprentissage du code et de la pensée algorithmique. Néanmoins, il est possible de considérer qu'il s'agit d'une approche tout à fait insuffisante au vue des enjeux. En effet, il s'agit tout d'abord d'enjeux de formation de l'esprit critique citoyen face aux informations qui circulent sur Internet. Se pose également des enjeux éthiques concernant les problèmes induits par les nouvelles technologies. Enfin, ce sont des enjeux qui visent la formation cognitive des individus de manière à ce qu'ils puissent être autonomes face aux nouvelles technologies. La complexité des compétences intellectuelles que suppose un usage non pas seulement ludique, mais intellectuel, des nouvelles technologies, risque de produire une fracture cognitive encore plus grande entre groupes sociaux. C'est pourquoi, l'enseignement à l'heure du numérique se devrait de se donner des objectifs intellectuels plus ambitieux en termes : de formation à l'esprit critique, de réflexion éthique et de compétence cognitive. Elle devrait encapaciter les élèves afin de leur donner les moyens de produire leur propre interprétation existentielle du monde.

 

6) Une éducation du numérique dans un monde du travail plus clivé :

 

 

Un des risques que pointent ceux qui analysent les effets du numérique sur le marché du travail porte sur le fait que ces nouvelles technologies pourraient polariser davantage le monde du travail. On pourrait ainsi se retrouver avec un petit nombre d'emplois de haute conception technologique réservée à une élite très bien formée, une mise au chômage d'une partie importante de la population du fait de la robotisation, et enfin des emplois peu qualifiés d'individu aux service des ordinateurs chargés par exemple d'effectuer des tâches mécaniques de saisie de données.  

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Animé par Irène Pereira

 

PESPE en philosophie

ESPE de l'Université de Paris-EST

 

Docteure HDR en sociologie

 

Chercheuse associée au laboratoire

Lettres, Idées, Savoirs (LIS)

Université de Créteil.

 

Chercheuse associée 

au laboratoire Dynamiques européennes

(Université de Strasbourg)

 

Qualifiée professeur des Universités en sociologie (19)

 

Qualifiée MCF en philosophie (17), science politique (04) et sociologie (19).