Philosophie critique 2015

 

 

Le cours de philosophie en terminale doit proposer une interprétation du monde contemporain par l'enseignant qui permettent aux élèves de réfléchir de manière critique sur le monde qui les entoure.

 

Le capitalisme spectaculaire marchand à l'ère du numérique promeut une conception de l'être humain entendu comme animal machine. Cette conception moderne de l'homme machine a deux versants principaux. Le premier consiste dans l'homo oeconomicus. Celui-ci est pensé comme un individu qui calcul rationnellement son intérêt en vue d'optimiser son plaisir. La seconde est celle des sciences cognitives qui conçoivent le fonctionnement de l'esprit humain sur le modèle computationnel : l'intelligence humaine pourrait être réduite à un calcul, l'ordinateur pourrait modéliser cette intelligence et la reproduire. Le rêve transhumaniste de produire un cyborg constitue l'utopie techniciste néo-libérale d'une fusion entre ces deux modèles.

L'être humain est réduit pour une part à une pensée logico-mathématique. Mais pour une autre part, il est conçu, dans la société spectaculaire marchande, comme un être dont l'action peuvent être contrôlée par ses pulsions inconscientes.

En tant que l'être humain cherche à réaliser son bonheur (réduit ici au bien-être), il a donc des désirs. La publicité, et le marketing, en général s'adresse à cette partie de l'être humain. En s'appuyant sur les neurosciences, il s'agit alors par la communication publicitaire de court-circuiter la prise de décision consciente pour provoquer, en agissant sur les pulsions inconscientes, l'acte d'achat. Dans la société spectaculaire marchande, se crée ainsi un continuum entre la publicité, les industries culturelles, l'art et l'information. C'est ce que les anglo-saxons nomment l'entertainement (qui comprend par exemple l'infotainement).

L'homo oeconomicus est conçu avant tout comme un consommateur et non comme un homo politicus. Il est invité à chercher son bonheur dans l'espace privé et non dans la participation à la vie publique. Le citoyen n'est pas avant tout celui qui participe à la vie publique, mais celui dont les droits et libertés individuelles sont garanties par un régime politique appelée démocratie libérale. Néanmoins, le régime de l'opinion de masse que constitue les démocraties libérales, via la communication politique, n'hésite pas à faire appel aux mêmes ressort de communication que la publicité, en s'adressant aux dynamiques pulsionnelles des individus.

Son temps est ainsi partagé (lorsqu'il a un emploi) entre le travail salarié, le divertissement et la consommation. Le temps consacré aux divertissements (télévision, sport spectacle, cinéma et jeux video) occupe une place essentiel dans le dispositif visant à réduire l'individu à un consommateur.

A l'ère du numérique, c'est en particulier les jeux videos qui jouent le rôle le plus spécifique. Devenu la première industrie culturelle en chiffre d'affaire, il n'ont pas seulement pour but de générer directement du profit, mais également, indirectement, sous la forme de jeux en ligne gratuits, de maintenir les consommateurs dans le monde virtuel numérique. En effet, soumis en permanence au profilage commercial par les big data et à la communication publicitaire, il s'agit de parvenir à l'inciter à consommer en ligne.

Le modèle de l'homo oeconomicus présente chaque individu comme en concurrence les uns avec les autres dans la réalisation de ses intérêts personnels qu'il cherche à réaliser de la manière la plus efficace et la moins coûteuse en effort et économiquement. Dans ce modèle, la technique occupe une place centrale puisqu'elle est censée diminuer la pénibilité et accroître l'efficacité de l'action. Dans un tel modèle, toute réalité - la nature comme les personnes - sont réduites au statut d'instruments dont la valeur est quantifiable sous forme de prix. La vie professionnelle et quotidienne elle-même dans sa généralité devient dominée par cette logique calculante de l'efficacité commerciale à travers la mesure et la rationalisation du temps. Mais plus encore, le caractère de plus en plus perfectionné des machines tend à justifier qu'on leur transfére notre responsabilité de décision en naturalisant ainsi, sous la forme de la rationalité, des choix qui ont été effectués lors de la programmation des machines. Contre l'expérience pratique et la pensée herméneutique, la seule source de légitimité de la décision deviennent les modèles théoriques logico-mathématique. Dans cette vie dominée par la logique mercantile, l'interrogation sur le sens que l'on souhaite donner à son existence ou l'évaluation morale de nos actions ne présentent guère d'intérêt : ce sont des pertes de temps ou ce qui revient au même d'argent.

 

Néanmoins, si à l'ère du numérique, le monde virtuel tend à se présenter comme central, c'est l'erreur des penseurs post-moderne, auteurs des cultural studies, de penser qu'il l'est réellement. Le monde virtuel n'a pas tué le monde réel. Pensant se situer par delà le vrai et le faux, dans le simulacre, ils sont dupés par l'illusoire séduction du spectacle. La place dans la postmodernité des conflits présentés comme religieux apparaît comme le retour du refoulé dans une société dominée par la rationalité marchande. Néanmoins, l'expression religieuse ne peut être réduite à l'expression d'une dimension psychique refoulée qui ne serait pas prise en compte dans les sociétés modernes, elle doit être analysée dans sa dimension sociale.

En effet, ce que refoule le discours néo-libéral sur la consommation et celui de la société du spectacle sur le monde virtuel numérique, ce sont l'existence des rapports d'exploitation économiques et les inégalités sociales : tant à l'intérieur des nations économiquement les plus prospères qu'entre celles-ci et les pays les plus pauvres économiquement.

Reprendre l'analyse du monde contemporain à partir de l'analyse des rapports sociaux conflictuels qui le traverse conduit à en produire une autre interprétation. Ce n'est plus le divertissement et la consommation qui deviennent centraux pour comprendre la société, mais la sphère productive (capitalisme) et reproductive (travail domestique). Ceux-ci sont les lieux où se jouent des rapports sociaux d'exploitation. Dans ce contexte, la technique, issue de la science moderne, n'est pas qu'un simple moyen, elle génère des rapports sociaux inégalitaires entre ceux qui se servent de ces technologies et de ceux qui les servent.

On ne peut pas réduire la société à des individus atomisés poursuivant leurs intérêts individuels. Il existe des rapports sociaux qui se reproduisent au sein de la société : cette reproduction commençant avec l'éducation genrée et l'institution scolaire. Cette invisibilisation de la construction historique et sociale des inégalités de genre, de « racisation » ou de classes sociales tend au contraire à les naturaliser. Un des exemples est constitué par les discours sur le caractère naturel et sexué de l'intelligence humaine. Une telle critique de la société conduit alors à interroger le rôle de l'Etat et du droit dans la correction ou le maintien des inégalités sociales posant alors la question de la légitimité des lois .

En réduisant, l'être humain à un homo oeconomicus, ce qui se trouve évacué, c'est une conception de l'être humain qui ne considère pas que la finalité de son existence est la recherche du bonheur identifié au plaisir. A cette conception utilitariste, il est possible d'opposer celle d'un être humain qui cherche construit son existence par son travail. Le travail, comme praxis, est en effet l'activité sociale par laquelle l'individu en interaction solidaire avec autrui se transforme et transforme la société

 

 

Notions : bonheur, devoir et morale, liberté et responsabilité, culture et nature, travail, technique, langage, religion, histoire, politique, société, droit et justice, échanges, sujet, conscience et inconscient, perception, désir, existence, temps, matière et esprit, théorie et expérience, interprétation et démonstration, vérité, raison et réel.  

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Animé par Irène Pereira

 

PESPE en philosophie

ESPE de l'Université de Paris-EST

 

Docteure HDR en sociologie

 

Chercheuse associée au laboratoire

Lettres, Idées, Savoirs (LIS)

Université de Créteil.

 

Chercheuse associée 

au laboratoire Dynamiques européennes

(Université de Strasbourg)

 

Qualifiée professeur des Universités en sociologie (19)

 

Qualifiée MCF en philosophie (17), science politique (04) et sociologie (19).