LA SOCIETE

 

Sujet : L'école doit-elle apprendre la vie en société ?

 

 

Éléments de problématisation :

 

Considérer l'école comme un espace de socialisation et lui attribuer cette fonction peut paraître une évidence aujourd'hui. Mais il n'en a pas toujours été ainsi. On doit en particulier au philosophe John Dewey l'idée que l'école n'est pas une préparation à la vie, mais la vie elle-même. Par conséquent, l'école se devrait alors d'être pensée comme une micro-société démocratique.

 

A quelle conception de l'espace scolaire s'oppose une telle vision ?

 

A une école qui met en avant, avant tout voire exclusivement, une fonction de transmission de connaissances. La socialisation renvoie alors à l'éducation dispensée par la famille, l'école doit se charger de l'instruction. C'est en particulier la thèse défendue par Condorcet.

 

Mais on peut se demander si cette transformation de la fonction sociale de l'école n'est pas également liée à des changements sociologiques tels que l'allongement de la journée d'école et de la scolarité corrélativement à l'entrée massive des femmes sur le marché de travail. L'école doit alors compléter le rôle d'éducation effectuées par les familles.

 

Textes :

 

Textes 1 :

Parmi nous, les emplois pénibles de la société sont confiés à des hommes libres qui, obligés de travailler pour satisfaire à leurs besoins, ont cependant les mêmes droits, et sont les égaux de ceux que leur fortune en a dispensés. Une grande portion des enfants des citoyens sont destinés à des occupations, dures dont l'apprentissage doit commencer de bonne heure, dont l'exercice occupera tout leur temps : leur travail devient une partie de la ressource de leur famille, même avant qu'ils soient absolument sortis de l'enfance ; tandis qu'un grand nombre à qui l'aisance de leurs parents permet d'employer plus de temps, et de consacrer même quelque dépense à une éducation plus étendue, se préparent, par cette éducation, à des professions plus lucratives ; et que pour d'autres enfin, nés avec une fortune indépendante, l'éducation a pour objet unique de leur assurer les moyens de vivre heureux et d'acquérir la richesse ou la considération que donnent les places, les services ou les talents.

Il est donc impossible de soumettre à une éducation rigoureusement la même des hommes dont la destination est si différente.

Condorcet, Cinq mémoires sur l'instruction publique (1791)

 

Remarques : Condorcet distingue entre l'instruction et l'éducation. L'éducation englobe tous les aspects de l'existence tandis que l'instruction est plus nettement circonscrite, en particulier, à la transmission de connaissances. Parmi les raisons qu'il met en avant pour refuser à l'école, un rôle éducatif, figure le fait que l'objectif d'une éducation publique a caractérisé des sociétés qui reposaient sur l'esclavage. La pris en charge des hommes libres pour leur éducation par la puissance publique était rendu possible parce qu'une grande partie des membres de la cité étaient des esclaves destinés à s'occuper des nécessités matérielles durant ce temps. Dans la société moderne, la division technique du travail et l'inégalité sociale entre les citoyens implique que l'institution publique se limite à l'instruction car prendre en charge l'éducation suppose de s'adresser à des enfants issus de familles relativement détachées de l'urgence matérielle. Dit sous une autre forme, dans une société où les enfants des classes populaires doivent rapidement rentrer sur le marché du travail, l'école doit se borner à l'instruction pour pouvoir toucher le plus grand nombre. En outre, Condorcet avance que l'éducation assumée par l'institution publique serait une atteinte à la liberté éducative des familles et conduirait à une uniformisation liberticide des consciences des futurs citoyens.

 

Texte 2 :

Je crois que l'école est, en premier lieu, une institution sociale. L'éducation étant un processus social, l’école est simplement cette forme de vie communautaire dans laquelle sont concentrés tous ces moyens d’action qui seront les plus efficaces pour amener l'enfant à tirer parti des biens hérités de la race, et à employer ses propres capacités à des fins sociales.

Je crois que l'éducation est donc un processus de vie et non une préparation à la vie à venir.

Je crois que l'école doit représenter la Vie présente – vie aussi réelle et vitale pour l'enfant que ce1le qu'il mène à la maison, dans son quartier ou sur le terrain de jeu.

Je crois que l'éducation qui ne prend pas les formes de la vie, formes qui méritent d'être vécues pour elles-mêmes, est toujours un pauvre substitut de l'authentique réalité et tend à empêcher le développement et l'épanouissement de l'enfant.

Je crois que l'école, en tant qu'institution, devrait simplifier la vie sociale existante ; devrait la réduire pour ainsi dire à sa forme embryonnaire.

John Dewey, « Mon credo pédagogique » (1897).

 

Remarques : L'une des axes forts de la pédagogie de John Dewey consiste à mettre en relief le rôle socialisateur de l'école. L'école doit former à la vie sociale, et en particulier à une socialisation démocratique. Cette dimension de son œuvre pédagogie est à comprendre relativement à sa conception de ce qu'est un individu. Il s'oppose à la vision de l'individu issu de libéralisme classique qui le pense sur le modèle de l'atome. L'individualité pour Dewey émerge de la vie sociale. C'est pourquoi si l'éducation vise la formation d'individus autonomes, ceux-ci ne peuvent se construire que dans le cadre d'une école qui réalise les conditions d'une vie sociale. Sans cela, l'école ne pourra pas jouer son rôle dans la constitution d'individus adultes capables d'assumer leur rôle au sein de la société.

 

Focus : Le « vivre ensemble » à l'école

 

C'est sous la formule du « vivre ensemble à l'école » que les politiques publiques scolaires abordent aujourd'hui la dimension de socialisation qu'implique la vie scolaire dans ses interactions quotidiennes, mais également en tant qu'elle constitue une préparation à la vie sociale :

 

http://eduscol.education.fr/cid47749/apprendre-vivre-ensemble.html

 

 

 

 

 

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Animé par Irène Pereira

 

PESPE en philosophie

ESPE de l'Université de Paris-EST

 

Docteure HDR en sociologie

 

Chercheuse associée au laboratoire

Lettres, Idées, Savoirs (LIS)

Université de Créteil.

 

Chercheuse associée 

au laboratoire Dynamiques européennes

(Université de Strasbourg)

 

Qualifiée professeur des Universités en sociologie (19)

 

Qualifiée MCF en philosophie (17), science politique (04) et sociologie (19).