LA RELIGION

Sujet : L'affirmation de la laïcité est-elle un obstacle à la tolérance religieuse ?

 

 

Eléments de problématisation :

 

Aborder la notion de « religion » à partir des controverses sociales sur la place de l'expression de la foi religieuse à l'école permet de montrer aux élèves comment la connaissance des traditions philosophiques permet d'éclairer des débats contemporains.

 

Il est ainsi possible de dégager deux traditions philosophiques dans le rapport aux religions dans les démocraties modernes :

 

- Rappel du contexte : La question du traitement du pluralisme religieux a pris une acuité particulière en Europe après la réforme protestante et les guerres de religion.

 

a) La tradition libérale : La notion de tolérance s'inscrit en particulier dans le cadre d'une tradition libérale qui affirme la neutralité de l'Etat relativement à la diversité des opinions religieuses et qui érige la liberté de conscience et d'expression en droit naturel.

 

b) La tradition républicaine : La notion de laïcité telle qu'elle s'élabore en France est pensée comme une religion rationnelle visant la constitution d'une communauté de valeurs républicaines (Cf. Peillon Vincent, Une religion pour la république : la foi laïque de Ferdinand Buisson, Le Seuil, 2010).

 

C'est en particulier à partir de 1989, avec l'exclusion de jeunes filles musulmanes voilées, et avec la loi de 2004 sur les signes religieux à l'école, que la question religieuse à l'école a occupé la scène publique. Il est alors possible de se demander dans quelle mesure les tensions entre les religions constituées et la République peuvent être analysées comme des luttes autour d'une hiérarchie des normes et des sources du droit (pouvoir temporel contre pouvoir spirituel).

 

Textes :

 

Texte 1 :

En second lieu, le soin des âmes ne saurait appartenir au magistrat civil, parce que son pouvoir est borné à la force extérieure. Mais la vraie religion consiste, comme nous venons de le marquer, dans la persuasion intérieure de l'esprit, sans laquelle il est impossible de plaire à Dieu. Ajoutez à cela que notre entendement est d'une telle nature, qu'on ne saurait le porter à croire quoi que ce soit par la contrainte. La confis­cation des biens, les cachots, les tourments et les supplices, rien de tout cela ne peut altérer ou anéantir le jugement intérieur que nous faisons des choses

Locke John, Lettre sur la tolérance (1689)

 

Remarques : John Locke dans sa Lettre sur la tolérance appuie ce concept sur la liberté de conscience personnelle que suppose la foi religieuse. Il oppose ainsi deux ordres de puissance. La foi religieuse ne peut exister que si elle repose sur l'adhésion sincère du croyant dans les dogmes religieux. A l'inverse, la puissance publique, par l'intermédiaire de la force publique, ne peut obtenir qu'un consentement extérieur. Par conséquent, il est impossible de contraindre à croire parce que la force ne peut pas être assurée de son pouvoir sur l'intériorité de la conscience.

La tradition libérale issue de Locke lie la conceptualisation de la religion à la croyance subjective – opinion ou foi. C'est l'individu, définie dans son identité personnelle par sa conscience, qui sert de support légitime à la foi religieuse et aux droits naturels. La liberté de conscience religieuse se trouve ainsi érigée en droit subjectif et naturel de l'individu.

 

Texte 2 :

« Les dogmes de la religion civile doivent être simples, en petit nombre, énoncés avec précision, sans explications ni commentaires. L’existence de là Divinité puissante, intelligente, bienfaisante, prévoyante et pourvoyante, la vie à venir, le bonheur des justes, le châtiment des méchants, la sainteté du contrat social et des lois : voilà les dogmes positifs. Quant aux dogmes négatifs, je les borne à un seul, c’est l’intolérance : elle rentre dans les cultes que nous avons exclus. »

Rousseau Jean-Jacques, « La religion civile », Du Contrat social (1762)

 

Remarques : Si la tradition libérale lie la foi religieuse à la croyance subjective, ce n'est pas le cas de la tradition de républicaine : celle-ci se trouve pensée dans un cadre sociopolitique comme institution sociale. Rousseau, dans Du Contrat social, affirme la nécessité pour un Etat quel qu'il soit de s'appuyer sur l'existence d'une religion qui a pour fonction d'assurer l'unité spirituelle de la communauté sociale. Mais dans une société marquée par le pluralisme religieux, la religion civile ne peut s'identifier avec la religion d'une faction particulière au risque de provoquer oppression ou division. Par conséquent, l'Etat doit instituer une religion civile qui sacralise les principes de la République (« la sainteté du Contrat social et des lois ») et qui bannit l’intolérance religieuse, source de guerres civiles.

 

 

Focus : Laïcité et tolérance religieuse – les textes de loi et documents

 

Déclaration universelle des droits de l'homme de 1948 (voir en particulier l'art.18) :

http://www.un.org/fr/documents/udhr/

 

Loi de 1905 sur la séparation de l'Eglise et de l'Etat :

http://fr.wikisource.org/wiki/Loi_du_9_d%C3%A9cembre_1905_concernant_la_s%C3%A9paration_des_%C3%89glises_et_de_l%27%C3%89tat

 

Loi de 2004 sur les signes religieux à l'école :

http://www.legifrance.gouv.fr/affichCodeArticle.do?cidTexte=LEGITEXT000006071191&idArticle=LEGIARTI000006524456&dateTexte=20140708

 

Circulaire d'application de la loi de 2004 :

http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000000252465&dateTexte=&categorieLien=id

 

Rapport du Conseil d'Etat sur les avis et la jurisprudence sur la laïcité durant un siècle :

http://www.un.org/fr/documents/udhr/

 

 

 

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Animé par Irène Pereira

 

PESPE en philosophie

ESPE de l'Université de Paris-EST

 

Docteure HDR en sociologie

 

Chercheuse associée au laboratoire

Lettres, Idées, Savoirs (LIS)

Université de Créteil.

 

Chercheuse associée 

au laboratoire Dynamiques européennes

(Université de Strasbourg)

 

Qualifiée professeur des Universités en sociologie (19)

 

Qualifiée MCF en philosophie (17), science politique (04) et sociologie (19).