L'HISTOIRE

 

Sujet : Pourquoi étudier l'histoire ?

 

 

Eléments de problématisation :

 

« Pourquoi étudier l'histoire ? » est un sujet qui permet d'aborder la notion d'histoire à partir d'une expérience à laquelle sont confrontés les élèves, à savoir les cours d'histoire qu'ils leurs sont dispensés dès l'enseignement primaire. Si certains élèves éprouvent un intérêt intrinsèque pour l'histoire, nombre d'autres peuvent ressentir des difficultés à se mobiliser sur cette matière. Néanmoins, même pour des élèves qui apprécient cette discipline, un tel sujet peut être l'occasion d'une réflexion plus approfondis sur le sens des études historiques.

 

Afin d'aborder ce sujet sous l'angle de la philosophie de l'éducation, il est possible de s'appuyer en particulier sur des textes classiques de l'épistémologie de l'histoire qui permettent de réflechir aux enjeux de l'enseignement de l'histoire.

 

Il est possible ainsi de dégager au moins deux positions concernant les enjeux des études historiques :

 

a) L'utilité de l'histoire : l'étude de l'histoire présente un intérêt du fait de ses enjeux sociaux et de ses usages politiques : éviter les erreurs de passé, comprendre le présent, nous guider dans nos choix pour l'avenir....

 

b) La recherche de la vérité : L'histoire n'a pas à servir : elle n'est pas une discipline servante de l'action politique. L'histoire est une discipline intellectuelle désintéressée. La visée de l'historien est la recherche de la vérité.

 

Textes :

 

Textes 1:

Si de l'histoire on a fait une matière commune à tous les élèves de l'enseignement secondaire, c'est qu'on l'a crue capable d'améliorer un genre d'intelligence et d'activité utile non à une partie seulement des élèves, mais à toute la nation. Ce qui est utile à tous les élèves, c'est de comprendre le monde où ils vont vivre, de s'y intéresser et d'être prêts à y agir […] L'histoire lui montrera le monde social. Ainsi l'enseignement historique est une partie de la culture générale parce qu'il fait comprendre à l'élève la société où il vivra et le rendra capable de prendre part à la vie sociale.

L'histoire étudie des événements humains, où sont engagés des hommes vivant en société. Comment l'étude des sociétés peut-elle être un instrument d'éducation politique ? Voilà une première question.- L'histoire étudie la succession des temps, de façon à faire apercevoir les états successifs des sociétés, et par conséquent leurs transformations. Comment l'étude des transformations peut-elle servir à l'éducation politique ? C'est la deuxième question. - L'histoire étudie des faits passés qu'on n'a plus le moyen d'observer directement, elle les étudie par une méthode indirecte qui lui est propre, la méthode critique ».

Seignobos Charles, « L'enseignement de l'histoire comme instrument d'éducation politique » (1907).

 

Remarques :

Le texte de Charles Seignobos s'inscrit directement dans une réflexion sur la raison d'être des cours d'histoire dispensés aux élèves. La raison première, que pourraient également mettre en avant des élèves interrogés sur le sujet, c'est que les cours d'histoire ont pour vocation à leur permettre de comprendre le monde dans lequel ils vivent en l'éclairant par la mise en perspective de l'histoire.

Néanmoins, Charles Seignobos ouvre dans son texte la réflexion à une compréhension plus profonde de l'introduction des cours d'histoire, à savoir l'enjeu politique dans la constitution d'une nation. En effet, ces cours visent à former des citoyens qui doivent agir dans le cadre collectif d'une nation en fonction de buts et de valeurs collectives.

 

Texte 2 :

L’histoire qui sert, c’est une histoire serve. Professeurs de l’Université Française de Strasbourg, nous ne sommes point les missionnaires débottés d’un Évangile national officiel, si beau, si grand, si bien intentionné qu’il puisse paraître. […] La vérité, nous ne l’amenons point, captive, dans nos bagages. Nous la cherchons. Nous la chercherons jusqu’à notre dernier jour. Nous dresserons à la chercher après nous, avec la même inquiétude sacrée, ceux qui viendront se mettre à notre école. L’habiller à la mode d’un pays, au goût d’une époque, au gré de nos passions ? À défaut de notre conscience de savant, notre prudence nationale nous l’interdirait ; notre amour averti de la France, notre sens de son intérêt évident, aiguisé par tant de dangers, tant de craintes et d’émotions toutes récentes, nous représenterait les dangers, les périls sans nombre d’un telle entreprise. Ce qui a perdu l’Allemagne, n’est-ce pas précisément de s’être façonné une vérité à son usage exclusif, une vérité à sa ressemblance et à sa seule convenance — n’est-ce pas de s’être hypnotisée dans la contemplation de cette figure imaginaire et d’avoir cru finalement, par une sorte de suggestion volontaire, qu’elle était l’image de la réalité, alors qu’elle traduisait simplement le rêve malsain du plus monstrueux des égoïsmes nationaux ?

Febvre Lucien, Revue de synthèse historique, t. 30, 1920.

 

Remarques : Le texte de Lucien Febvre met à jour une tension et une difficulté au besoin d'utilité que peuvent ressentir les élèves face aux disciplines scolaires. En effet à partir du moment où l'on exige des études de l'histoire qu'elles soient utiles, qu'elles servent à quelque chose, on se trouve au prise avec le risque d'une instrumentalisation de la vérité historique, au service en particulier d’intérêts politiques. En effet, ce qui est utile, l'est relativement à des intérêts. Or ces intérêts, à la différence de la vérité objective, peuvent n'être que relatifs à un groupe particulier. Exiger de l'histoire qu'elle soit utile, c'est donc prendre le risque de sa manipulation.

 

 

Focus : Histoire et mémoire

 

La thématique de la « mémoire » peut-être l'occasion d'un travail transdisciplinaire entre les professeurs d'histoire et de philosophie.

 

Ressources : Enjeux de mémoire

http://ecehg.ens-lyon.fr/ECEHG/enjeux-de-memoire

 

 

Écrire commentaire

Commentaires : 0

Partagez votre site

Site Internet Socio-philo

 

Animé par Irène Pereira

 

PESPE en philosophie

ESPE de l'Université de Paris-EST

 

Docteure HDR en sociologie

 

Chercheuse associée au laboratoire

Lettres, Idées, Savoirs (LIS)

Université de Créteil.

 

Chercheuse associée 

au laboratoire Dynamiques européennes

(Université de Strasbourg)

 

Qualifiée professeur des Universités en sociologie (19)

 

Qualifiée MCF en philosophie (17), science politique (04) et sociologie (19).