LES DEVOIRS SCOLAIRES

Sujet : De quels devoirs, les devoirs scolaires sont-ils le nom ?

 

Eléments de problématisation :

 

La notion de « devoir » avant d'évoquer pour les élèves, ceux de « devoir moral » ou de « devoirs civiques » renvoie dans leur expérience quotidienne plutôt aux devoirs scolaires, c'est-à-dire au travail à la maison qu'ils doivent réaliser régulièrement.

 

La notion de « devoirs scolaires » peut constituer une porte d'entrée pour aborder des concepts philosophiques relatifs à la notion de « devoir » en général : devoir sociaux, obligation/contrainte, autonomie...

 

Il s'agit alors de pouvoir réfléchir et d'aider à donner un sens subjectif à ces activités qui peuvent être vécues uniquement comme des contraintes sociales (d'origine parentale et professorale).

 

Le rapport de l'élève aux « devoirs scolaires » peut être lié à son « rapport au savoir » (Charlot). Les devoirs scolaires peuvent apparaître comme des contraintes auxquelles il s'agit d'échapper car ressenties comme une restriction à la liberté du sujet. Se développe alors un ensemble de pratiques de résistance décrites par Philippe Perrenoud comme un curriculum caché.

 

Les devoirs scolaires peuvent être également vécus sur le mode de l'obligation sociale : il s'agit d'une activité que l'on effectue par obligation pour ses parents afin de leur faire plaisir, de ne pas risquer leur désamour. Il s'agit d'une motivation extrinsèque.

 

Les devoirs scolaires peuvent être également vécus sur le mode de l'autonomie. L'élève les conçoit comme une obligation afin de réaliser ses buts de performance (note, diplôme) et/ou ses buts de maîtrise (connaissance d'un matière).

 

Néanmoins quelque soit le degrés d'autonomie avec lequel l'élève réalise ses devoirs scolaires, ceux-ci peuvent apparaître toujours à un certain degrés comme pris dans une relation d'hétéronomie : le contenu et le rythme des devoirs est fixé par l'enseignant.

 

Il est possible d'opposer la forme « devoir scolaire » aux modalité de l'apprentissage auto-dirigées. Dans ses pratiques d'apprentissage – développés en particulier à destination d'adultes -, ce sont les apprenants qui fixent les types d'activité qu'ils considèrent les plus adaptées en fonction de leur goûts et de leur profil d'apprentissage pour la réalisation des objectifs qu'ils se sont fixés.

 

Textes : Devoir et autonomie

 

L'utilisation de deux textes de Kant, respectivement sur le devoir et l'autonomie (appliqués à la morale), permet d'effectuer un travail de décontextualisation-recontextualisation pour aborder philosophiquement la notion de devoir scolaire.

 

Texte 1 : Le devoir

Tous les impératifs sont exprimés par le verbe devoir (sollen), et ils indiquent par là le rapport d'une loi objective de la raison à une volonté qui, selon sa constitution subjective, n'est pas nécessairement déterminée par cette loi (une contrainte). Ils disent qu'il serait bon de faire telle chose ou de s'en abstenir ; mais ils le disent à une volonté qui ne fait pas toujours une chose parce qu'il lui est représenté qu'elle est bonne à faire. Or cela est pratiquement bon, qui détermine la volonté au moyen des représentations de la raison, par conséquent non pas en vertu de causes subjectives, mais objectivement, c'est-à-dire en vertu de principes qui sont valables pour tout être raisonnable en tant que tel. Ce bien pratique est distinct de l'agréable, c'est-à-dire de ce qui a de l'influence sur la volonté uniquement au moyen de la sensation en vertu de causes purement subjectives, valables seulement pour la sensibilité de tel ou tel, et non comme principe de la raison, valable pour tout le monde.

Kant, Les fondements de la métaphysique des mœurs.

 

Remarques : Kant distingue plusieurs motivations à l'action. Il n'y a pas de devoir lorsque l'action est accomplie parce qu'elle est agréable. L'individu l'effectue sous l'effet de l'inclination d'un plaisir sensible. Si un élève effectue « ses devoirs scolaires » par plaisir, ceux-ci ne sont plus, au sens philosophique kantien, des devoirs. Ils peuvent devenir un jeu. Le jeu est en effet une activité qui est recherchée par elle-même, pour le plaisir qu'elle procure.

La notion de devoir présuppose un « impératif » c'est-à-dire un commandement. Mais, ce commandement peut être au moins de deux types. Dans un cas, le commandement peut être vécu sous la modalité de la contrainte. La motivation de l'action est hétéronome. L'action qui est réalisée par utilité (dans le cas de l'impératif hypothétique) relève d'une telle modalité. C'est le cas par exemple si un élève effectue ses « devoirs scolaires » parce qu'il pense que c'est utile pour obtenir une bonne note au baccalauréat. L'action n'est pas désirée en elle-même, mais pour sa finalité.

En revanche, pour que les « devoirs scolaires » puissent s'élever au rang de devoirs moraux, il faudrait les effectuer par respect pour la loi morale. On pourrait dire que les devoirs scolaires acquièrent une telle valeur morale si un élève (kantien) effectue ses devoirs scolaires en leur donnant la forme d'un impératif catégorique de la raison : ne pas faire ses devoirs est une décision qui ne peut pas être universalisée sans contradiction. La relation que le sujet apprenant entretiendrait avec les « devoirs scolaires » serait alors une relation qui l'engagerait en tant que sujet moral et non pas uniquement qu'être sensible.

 

Texte 2 : L'autonomie

L'autonomie de la volonté est cette propriété qu'a la volonté d'être à elle-même sa loi (indépendamment de toute propriété des objets du vouloir). Le principe de l'autonomie est donc : de toujours choisir de telle sorte que les maximes de notre choix soient comprises en même temps comme lois universelles dans ce même acte de vouloir.

Kant, Fondements de la métaphysique des mœurs

 

Remarques : Kant propose une conceptualisation possible de la notion d'autonomie. Il établie un lien entre liberté, autonomie et devoir moral. La première distinction qui est établie par Kant est celle entre la spontanéité du désir et la liberté. Etre libre, ce n'est pas satisfaire tous ses désirs, c'est être autonome. C'est-à-dire c'est se soumettre à des règles que l'on a soi-même établies. Plus précisément pour Kant, ces règles sont édictées par la législation universelle de la raison présente en chaque sujet. La conceptualisation kantienne de l'autonomie implique en outre une rupture entre le désir et la volonté. Le sujet libre n'est pas soumis à son intérêt sensible, mais agit selon sa volonté.

Selon la conception kantienne, le sujet est libre lorsqu'il agit « par devoir » : son action prend alors une valeur morale.

Si on se situe au niveau des controverses en philosophie de l'éducation et de la pédagogie, il est possible de discuter une telle conception de la constitution du « sujet autonome » à plusieurs niveaux. Tout d'abord, on peut discuter la rupture qu'établie Kant entre le désir et l'autonomie. En faisant de l'intérêt le point d'appui de l'éducation, un philosophe et pédagogue comme John Dewey conçoit l'éducation comme un processus par lequel le désir est capable de se muer en effort. Par l'expérimentation, l'enfant accède à une maîtrise des désirs qui lui permet de parvenir à l'autonomie/

Un second niveau de discussion peut porter sur la conceptualisation de la notion d'autonomie dans la relation entre individu et collectif. Cornélius Castoriadis met en avant la condition de possibilité réciproque entre autonomie individuelle et collective dans la paideia : pas d'autonomie individuelle, sans autonomie collective, et inversement. L'autonomie n'est plus alors pensée uniquement sous le mode de l'action morale individuelle, mais également dans sa dimension sociopolitique.

 

 

Focus : Les devoirs à la maison : Est-ce bien nécessaire ?

 

La question des devoirs à la maison sont l'objet de controverses car considérés par certains comme inefficaces et par d'autres comme une des sources de la reproduction des inégalités sociales (les uns pouvant bénéficier d'un accompagnement familial, les autres non).

 

Une note de synthèse sur les devoirs :

Haut conseil de l'évaluation de l'école, « Les devoirs à la maison ». Disponible sur :

http://www.cndp.fr/bienlire/04-media/documents/glasman01.pdf

 

L'une des solutions préconisée pour palier aux inégalités dans le suivi des devoirs scolaires est l'organisation d'un accompagnement éducatif après les cours :

 

http://www.education.gouv.fr/cid5677/accompagnement-educatif.html

Écrire commentaire

Commentaires: 0

Partagez votre site

Site Internet Socio-philo

 

Animé par Irène Pereira

 

PESPE en philosophie

ESPE de l'Université de Paris-EST

 

Docteure HDR en sociologie

 

Chercheuse associée au laboratoire

Lettres, Idées, Savoirs (LIS)

Université de Créteil.

 

Chercheuse associée 

au laboratoire Dynamiques européennes

(Université de Strasbourg)

 

Qualifiée professeur des Universités en sociologie (19)

 

Qualifiée MCF en philosophie (17), science politique (04) et sociologie (19).